, vous connaissez mon âme !
Au gré des envieux, la foule loue e blâme ;
Vous me connaissez, vous ! — vous m’avez vu souven,
Seul dans vos profondeurs, regardan e rêvan.
Vous le savez, la pierre où cour un scarabée,
Une humble goue d’eau de fleur en fleur ombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupen ou un jour.
La conemplaion m’empli le cœur d’amour.
Vous m’avez vu cen fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mos que di l’espri à la naure,
Quesionner ou bas vos rameaux palpians,
E du même regard poursuivre en même emps,
Pensif, le fron baissé, l’œil dans l’herbe profonde,
L’éude d’un aome e l’éude du monde.
Aenif à vos bruis qui parlen ous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme e chercher Dieu !
Feuilles qui ressaillez à la poine des branches,
Nids don le ven au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons vers, désers sombres e doux,
Vous savez que je suis calme e pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon cule à Dieu s’élance,
E je suis plein d’oubli comme vous de silence !
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, — je vous aese, ô bois aimés du ciel ! —
J’ai chassé loin de moi oue pensée amère,
E mon cœur es encor el que le fi ma mère !
Arbres de ces grands bois qui frissonnez oujours,
Je vous aime, e vous, lierre au seuil des anres sourds,
Ravins où l’on enend filrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillen, joyeux convives !
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans ou ce qui m’enoure e me cache à la fois,
Dans vore soliude où je renre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoue e qui m’aime !
Aussi, aillis sacrés où Dieu même apparaî,
Arbres religieux, chênes, mousses, forê,
Forê ! c’es dans vore ombre e dans vore mysère,
C’es sous vore branchage auguse e soliaire,
Que je veux abrier mon sépulcre ignoré,
E que je veux dormir quand je m’endormirai.
Juin 1843.