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Larv d l’ombr au toit ds homms échoué.
La natur, qui mêl un âm aux ramaux vrts,
Qui rmplit tout, t vit à ds dgrés divrs
Dans la bêt sauvag t la bêt d somm,
Toujours n dialogu avc l’sprit d l’homm,
Lui donn à déchiffrr ls animaux, qui sont
Ss signs, alphabt formidabl t profond ;
Et, sombr, ayant pour mots l’oisau, l vr, l’insct,
Parl dux langus : l’un, admirabl t corrct,
L’autr, obscur bégaimnt. L’éléphant aux pids lourds,
L lion, c grand front d l’antr, l’aigl, l’ours,
L taurau, l chval, l tigr au bond suprb,
Sont l langag altir t splndid, l vrb ;
Et la chauv-souris, l crapaud, l putois,
L crab, l hibou, l porc, sont l patois.
Or, j’étais là, pnsif, binvillant, prsqu tndr,
Éplant c squltt, t tâchant d comprndr
C qu’ntr ls trois clous où son spctr pndait,
Aux vivants, aux souffrants, au bœuf trist, au baudt,
Disait, hélas, la pauvr t sinistr choutt,
Du côté noir d l’êtr inform silhoutt.
*
Ell disait :
Ell disait : — Sur son front sombr
Comm la brum s répand !
Il rmplit tout l fond d l’ombr.
Comm sa têt mort pnd !
D ss yux coulnt ss pnsés.
Ss pids troués, ss mains prcés
Bluissnt à l’air glacial.
Oh ! comm il saign dans l gouffr !
Lui qui faisait l bin, il souffr
Comm moi qui faisait l mal.
Un lumièr à son front trmbl.
Et la nuit dit au vnt : Soufflons
Sur ctt flamm ! t, tous nsmbl,
Ls ténèbrs, ls aquilons,
La plui t l’horrur, froids bouchs,
Soufflnt, hagards, hidux, farouchs,
Et dans la tmpêt t l bruit
La clarté rparaît grandi… —
Tu pux étindr un incndi,
Mais pas un auréol, ô nuit !
Ctt âm arriva sur la trr,
Qu’assombrit l soir incrtain ;
Ell ntra dans l’obscur mystèr
Qu l’ombr appll son dstin ;
Au mnsong, aux forfaits sans nombr,
À tout l’horribl ssaim d l’ombr,
Ell livrait d saints combats ;
Ell volait, t ss prunlls
Smblaint dux luurs étrnlles
Qui passaient dans la nuit d’en bas.
Elle allait parmi les ténèbres,
Poursuivant, chassant, dévorant
Les vices, ces taupes funèbres,
Le crime, ce phalène errant ;
Arrachant de leurs trous la haine,
L’orgueil, la fraude qui se traîne,
L’âpre envie, aspic du chemin,
Les vers de terre et les vipères,
Que la nuit cache dans les pierres
Et le mal dans le cœur humain.
Elle cherchait ces infidèles,
L’Achab, le Nemrod, le Mathan,
Que, dans son temple et sous ses ailes,
Réchauffe le faux dieu Satan,
Les vendeurs cachés sous les porches,
Le brûleur allumant ses torches
Au même feu que l’encensoir,
Et, quand elle l’avait trouvée,
Toute la sinistre couvée
Se hérissait sous l’autel noir.
Elle allait, délivrant les hommes
De leurs ennemis ténébreux ;
Les hommes, noirs comme nous sommes,
Prirent l’esprit luttant pour eux ;
Puis ils clouèrent, les infâmes,
L’âme qui défendait leurs âmes,
L’être dont l’œil jetait du jour ;
Et leur foule, dans sa démence,
Railla cette chouette immense
De la lumière et de l’amour !
Race qui frappes et lapides,
Je te plains ! hommes, je vous plains !
Hélas ! je plains vos poings stupides,
D’affreux clous et de marteaux pleins !
Vous persécutez pêle-mêle
Le mal, le bien, la griffe et l’aile,
Chasseurs sans but, bourreaux sans yeux !
Vous clouez de vos mains mal sûres
Les hiboux au seuil des masures,
Et Christ sur la porte des cieux !
Mai 1843.