Dans ce poème

En sortant du collège (I)

poème

En sortant du collège (I)

Les chansons des rues et des bois (1865)
.

(Première lettre)
Puisque nous avons seize ans,
Vivons, mon vieux camarade,
Et cessons d’être innocents ;
Car c’est là le premier grade.
Vivre c’est aimer. Apprends
Que, dans l’ombre où nos coeurs rêvent,
J’ai vu deux yeux bleus, si grands
Que tous les astres s’y lèvent.
Connais-tu tous ces bonheurs ?
Faire des songes féroces,
Envier les grands seigneurs
Qui roulent dans des carrosses,
Avoir la fièvre, enrager,
Être un coeur saignant qui s’ouvre,
Souhaiter être un berger
Ayant pour cahute un Louvre,
Sentir en mangeant son pain
Comme en ruminant son rêve,
L’amertume du pépin
De la sombre pomme d’Ève ;
Être amoureux, être fou,
Être un ange égal aux oies,
Être un forçat sous l’écrou ;
Eh bien, j’ai toutes ces joies !
Cet être mystérieux
Qu’on appelle une grisette
M’est tombé du haut des cieux.
Je souffre. J’ai la recette.
Je sais l’art d’aimer ; j’y suis
Habile et fort au point d’être
Stupide, et toutes les nuits
Accoudé sur ma fenêtre.

NEWSLETTER

La poésie de Victor Hugo dans votre boîte aux lettres.
Recevez chaque jour de l’année un poème pour vous inspirer tout au long de votre journée.

suggestion

Recueils
recommandés

Tous les poèmes

dans