’ENFANT MORT

Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange
 Qu’il est d’autres anges là-haut,
Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n’y change,
 Qu’il est doux d’y rentrer bientôt ;

Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,
 Une tente aux riches couleurs,
Un jardin bleu rempli de lys qui sont des astres
 Et d’étoiles qui sont des fleurs ;

Que c’est un lieu joyeux plus qu’on ne saurait dire,
 Où toujours, se laissant charmer,
On a les chérubins pour jouer et pour rire,
 Et le bon Dieu pour nous aimer ;

Qu’il est doux d’être un cœur qui brûle comme un cierge,
 Et de vivre, en toute saison,
Près de l’enfant Jésus et de la Sainte Vierge
 Dans une si belle maison !

Et puis vous n’aurez pas assez dit, pauvre mère,
 À ce fils si frêle et si doux,
Que vous étiez à lui dans cette vie amère,
 Mais aussi qu’il était à vous ;

Que, tant qu’on est petit, la mère sur nous veille,
 Mais que plus tard on la défend ;
Et qu’elle aura besoin, quand elle sera vieille,
 D’un homme qui soit son enfant ;

Vous n’aurez point assez dit à cette jeune âme
 Que Dieu veut qu’on reste ici-bas,
a femme guidant l’homme et l’homme aidant la femme,
 Pour les douleurs et les combats ;

Si bien qu’un jour, ô deuil ! irréparable perte !
 e doux être s’en est allé !… —
Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte,
 Que votre oiseau s’est envolé !

Avril 1843.