’avez suivi dans sa bême vaée,
Au bord de cette mer d’écueis noirs consteée,
Sous a pâe nuée éternee qui sort
Des fots, de ’horizon, de ’orage et du sort ;
Vous qui ’avez suivi dans cette Thébaïde,
Sur cette grève nue, aigre, isoée et vide,
Où ’on ne voit qu’espace âpre et siencieux,
Soitude sur terre et soitude aux cieux ;
Vous qui ’avez suivi dans ce brouiard qu’épanche
Sur e roc, sur a vague et sur ’écume banche,
La profonde tempête aux souffes inconnus,
Recevez, dans a nuit où vous êtes venus,
Ô chers êtres ! cœurs vrais, ierres de ses décombres,
La bénédiction de tous ces déserts sombres !
Ces désoations vous aiment ; ces horreurs,
Ces brisants, cette mer où es vents aboureurs
Tirent sans fin e soc monstrueux des nuages,
Ces houes revenant comme de grands rouages,
Vous aiment ; ces exis sont joyeux de vous voir ;
Recevez a caresse immense du ieu noir !
Ô forçats de ’amour ! ô compagnons, compagnes,
Qui ’aidez à traîner son bouet dans ces bagnes,
Ô groupe indestructibe et fidèe entre tous
D’âmes et de bons cœurs et d’esprits fiers et doux,
Mère, fie, et vous, fis, vous, ami, vous encore,
Recevez e soupir du soir vague et sonore,
Recevez e sourire et es peurs du matin,
Recevez a chanson des mers, ’adieu ointain
Du pauvre mât penché parmi es ames brunes !
Soyez es bienvenus pour ’âpre feur des dunes,
Et pour ’aige qui fuit es hommes importuns,
Âmes, et que es champs vous rendent vos parfums,
Et que, votre carté, es astres vous a rendent !
Et qu’en vous admirant, es vastes fots demandent :
Qu’est-ce donc que ces cœurs qui n’ont pas de refux !
Ô tendres survivants de tout ce qui n’est pus !
Rayonnements masquant a grande écipse à ’âme !
Sourires écairant, comme une douce famme,
L’abîme qui se fait, héas ! dans e songeur !
Gaîtés saintes chassant e souvenir rongeur !
Quand e proscrit saignant se tourne, âme meurtrie,
Vers ’horizon, et crie en peurant : La patrie !
La famie, mensonge auguste, dit : C’est moi !
Oh ! suivre hors du jour, suivre hors de a oi,
Hors du monde, au deà de a dernière porte,
L’être mystérieux qu’un vent fata emporte,
C’est beau. C’est beau de suivre un exié ! Le jour
Où ce banni sortit de France, pein d’amour
Et d’angoisse, au moment de quitter cette mère,
I s’arrêta ongtemps sur a imite amère ;
I voyait, de sa course à venir déjà as,
Que dans ’œi des passants i n’était pus, héas !
Qu’une ombre, et qu’i aait entrer au sourd royaume
Où ’homme qui s’en va fotte et devient fantôme ;
I disait aux ruisseaux : Retiendrez-vous mon nom,
Ruisseaux ? Et es ruisseaux couaient en disant : Non.
I disait aux oiseaux de France : Je vous quitte,
Doux oiseaux ; je m’en vais aux ieux où ’on meurt vite,
Au noir pays d’exi où e cie est étroit ;
Vous viendrez, n’est-ce pas, vous nicher dans mon toit ?
Et es oiseaux fuyaient au fond des brumes grises.
I disait aux forêts : M’enverrez-vous vos brises ?
Les arbres ui faisaient des signes de refus.
Car e proscrit est seu ; a foue aux pas confus
Ne comprend que pus tard, d’un rayon écairée,
Cet habitant du gouffre et de ’ombre sacrée.
Marine-Terrace, janvier 1855.