, Hetzel-Quantin , 1882 , O.C. tome 4 ( p. 95 – 98 ). Idylle Souvenir de la nuit du 4 collection Au peuple Victor Hugo Françoi Flameng Hetzel-Quantin 1882 Pari V O.C. tome 4 Au peuple Hugo – Le Châtiment (Hetzel, 1880).djvu Hugo – Le Châtiment (Hetzel, 1880).djvu/11 95-98
II Au peuple
Partout pleur, anglot, cri funèbre.
Pourquoi dor-tu dan le ténèbre ?
Je ne veux pa que tu oi mort.
Pourquoi dor-tu dan le ténèbre ?
Ce n’et pa l’intant où l’on dort.
La pâle Liberté gît anglante à ta porte.
Tu le ai, toi mort, elle et morte.
Voici le chacal ur ton euil,
Voici le rat et le belette,
Pourquoi t’e-tu laié lier de bandelette ?
Il te mordent dan ton cercueil !
De tou le peuple on prépare
Le convoi… —
Lazare ! Lazare ! Lazare !
Lève-toi !
Pari anglant, au clair de lune,
Rêve ur la foe commune ;
Gloire au général Tretaillon !
Plu de pree, plu de tribune !
Quatrevingt-neuf porte un bâillon.
La Révolution, terrible à qui la touche,
Et couchée à terre ! un Cartouche
Peut ce qu’aucun titan ne put.
Ecobar rit d’un rire oblique.
On voit traîner ur toi, géante République,
Tou le abre de Lilliput.
Le juge, marchand en imarre,
Vend la loi… —
Lazare ! Lazare ! Lazare !
Lève-toi !
Sur Milan, ur Vienne punie,
Sur Rome étranglée et bénie,
Sur Peth, torturé an répit,
La vieille louve Tyrannie,
Fauve et joyeue, ’accroupit.
Elle rit ; on repaire et orné d’amulette ;
Elle marche ur de quelette,
De la Vistule au Tanaro ;
Elle a ses petits qu’elle couve.
Qui la nourrit ? qui porte à manger à la louve ?
C’est l’évêque, c’est le bourreau.
Qui s’allaite à son flanc barbare ?
C’est le roi… —
Lazare ! Lazare ! Lazare !
Lève-toi !
Jésus, parlant à ses apôtres,
Dit : Aimez-vous les uns les autres.
Et voilà bientôt deux mille ans
Qu’il appelle nous et les nôtres,
Et qu’il ouvre ses bras sanglants.
Rome commande et règne au nom du doux prophète.
De trois cercles sacrés est faite
La tiare du Vatican ;
Le premier est une couronne,
Le second est le nœud des gibets de Vérone,
Et le troisième est un carcan.
Mastaï met cette tiare
Sans effroi… —
Lazare ! Lazare ! Lazare !
Lève-toi !
Ils bâtissent des prisons neuves ;
Ô dormeur sombre, entends les fleuves
Murmurer, teints de sang vermeil ;
Entends pleurer les pauvres veuves,
Ô noir dormeur au dur sommeil !
Martyrs, adieu ! le vent souffle, les pontons flottent ;
Les mères au front gris sanglotent ;
Leurs fils sont en proie aux vainqueurs ;
Elles gémissent sur la route ;
Les pleurs qui de leurs yeux s’échappent goutte à goutte
Filtrent en haine dans nos cœurs.
Les juifs triomphent, groupe avare
Et sans foi… —
Lazare ! Lazare ! Lazare !
Lève-toi !
Mais, il semble qu’on se réveille !
Est-ce toi que j’ai dans l’oreille,
Bourdonnement du sombre essaim ?
Dans la ruche frémit l’abeille ;
J’entends sourdre un vague tocsin.
Les césars, oubliant qu’il est des gémonies,
S’endorment dans les symphonies,
Du lac Baltique au mont Etna ;
Les peuples sont dans la nuit noire ;
Dormez, rois ; le clairon dit aux tyrans : victoire !
Et l’orgue leur chante : hosanna !
Qui répond à cette fanfare ?
Le beffroi… —
Lazare ! Lazare ! Lazare !
Lève-toi !
Jersey, mai 1853.