4 Les Châtiments , Hetzel-Qantin , 1882 , O.C. tome 4 ( p. 99 – 101 ). A peple Ô soleil, ô face divine collection Sovenir de la nit d 4 Victor Hgo François Flameng Hetzel-Qantin 1882 Paris V O.C. tome 4 Sovenir de la nit d 4 Hgo – Les Châtiments (Hetzel, 1880).djv Hgo – Les Châtiments (Hetzel, 1880).djv/11 99-101
III Sovenir de la nit d 4
L’enfant avait reç dex balles dans la tête.
Le logis était propre, hmble, paisible, honnête ;
On voyait n ramea bénit sr n portrait.
Une vieille grand’mère était là qi plerait.
Nos le déshabillions en silence. Sa boche,
Pâle, s’ovrait ; la mort noyait son œil faroche ;
Ses bras pendants semblaient demander des appis.
Il avait dans sa poche ne topie en bis.
On povait mettre n doigt dans les tros de ses plaies.
Avez-vos v saigner la mûre dans les haies ?
Son crâne était overt comme n bois qi se fend.
L’aïele regarda déshabiller l’enfant,
Disant : — Comme il est blanc ! approchez donc la lampe.
Die ! ses pavres chevex sont collés sr sa tempe ! —
Et qand ce ft fini, le prit sr ses genox.
La nit était lgbre ; on entendait des cops
De fsil dans la re où l’on en tait d’atres.
— Il fat ensevelir l’enfant, dirent les nôtres.
Et l’on prit n drap blanc dans l’armoire en noyer.
L’aïele cependant l’approchait d foyer,
Comme por réchaffer ses membres déjà roides,
Hélas ! ce qe la mort toche de ses mains froides
Ne se réchaffe pls ax foyers d’ici-bas !
Elle pencha la tête et li tira ses bas,
Et dans ses vieilles mains prit les pieds d cadavre.
— Est-ce qe ce n’est pas ne chose qi navre !
Cria-t-elle ; monsier, il n’avait pas hit ans !
Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents.
Monsier, qand il fallait qe je fisse ne lettre,
C’est li qi l’écrivait. Est-ce q’on va se mettre
À ter les enfants maintenant ? Ah ! mon Die !
On est donc des brigands ? Je vos demande n pe,
Il joait ce matin, là, devant la fenêtre !
Dire q’ils m’ont té ce pavre petit être !
Il passait dans la re, ils ont tiré desss.
Monsier, il était bon et dox comme n Jéss.
Moi je sis vieille, il est tot simple qe je parte ;
Cela n’arait rien fait à monsier Bonaparte
De me ter a lie de ter mon enfant ! —
Elle s’interrompit, les sanglots l’étoffant.
Pis elle dit, et tos pleraient près de l’aïele :
— Qe vais-je devenir à présent tote sele ?
Expliqez-moi cela, vos atres, ajord’hi.
Hélas ! je n’avais pls de sa mère qe li.
Porqoi l’a-t-on té ? je vex q’on me l’expliqe.
L’enfant n’a pas crié vive la Répbliqe. —
Nos nos taisions, debot et graves, chapea bas,
Tremblant devant ce deil q’on ne console pas.
Vos ne compreniez point, mère, la politiqe.
Monsier Napoléon, c’est son nom athentiqe,
Est pavre, et même prince ; il aime les palais ;
Il li convient d’avoir des chevax, des valets,
De l’argent por son je, sa table, son alcôve,
Ses chasses ; par la même occasion, il save
La famille, l’église et la société ;
Il vet avoir Saint-Clod, plein de roses l’été,
Où viendront l’adorer les préfets et les maires ;
C’est por cela q’il fat qe les vieilles grand’mères,
De lers pavres doigts gris qe fait trembler le temps,
Cosent dans le lincel des enfants de sept ans.
Jersey, 2 décembre 1852.