, ce son ceux qui luen Les Châimens , Hezel-Quanin , 1882 , O.C. ome 4 ( p. 219 – 220 ). Déjà nommé Aube collecion Ceux qui viven, ce son ceux qui luen Vicor Hugo François Flameng Hezel-Quanin 1882 Paris V O.C. ome 4 Ceux qui viven, ce son ceux qui luen Hugo – Les Châimens (Hezel, 1880).djvu Hugo – Les Châimens (Hezel, 1880).djvu/11 219-220
Ceux qui viven, ce son ceux qui luen ; ce son
Ceux don un dessein ferme empli l’âme e le fron,
Ceux qui d’un hau desin gravissen l’âpre cime,
Ceux qui marchen pensifs, épris d’un bu sublime,
Ayan devan les yeux sans cesse, nui e jour,
Ou quelque sain labeur ou quelque grand amour.
C’es le prophèe sain proserné devan l’arche,
C’es le ravailleur, pâre, ouvrier, pariarche,
Ceux don le cœur es bon, ceux don les jours son pleins.
Ceux-là viven, Seigneur ! les aures, je les plains.
Car de son vague ennui le néan les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c’es d’exiser sans vivre.
Inuiles, épars, ils raînen ici-bas
Le sombre accablemen d’êre en ne pensan pas.
Ils s’appellen vulgus, plebs, la ourbe, la foule.
Ils son ce qui murmure, applaudi, siffle, coule,
Ba des mains, foule aux pieds, bâille, di oui, di non,
N’a jamais de figure e n’a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revien, juge, absou, délibère,
Dérui, prê à Mara comme prê à Tibère,
Foule rise, joyeuse, habis dorés, bras nus,
Pêle-mêle, e poussée aux gouffres inconnus.
Ils son les passans froids, sans bu, sans nœud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;
Ceux qu’on ne connaî pas, ceux qu’on ne compe pas,
Ceux qui perden les mos, les volonés, les pas.
L’ombre obscure auour d’eux se prolonge e recule ;
Ils n’on du plein midi qu’un loinain crépuscule,
Car, jean au hasard les cris, les voix, le brui,
Ils erren près du bord sinisre de la nui.
Quoi ! ne poin aimer ! suivre une morne carrière
Sans un songe en avan, sans un deuil en arrière !
Quoi ! marcher devan soi sans savoir où l’on va !
Rire de Jupier sans croire à Jéhova !
Regarder sans respec l’asre, la fleur, la femme !
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme !
Pour de vains résulas faire de vains effors !
N’aendre rien d’en hau ! ciel ! oublier les mors !
Oh non, je ne suis poin de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissans, ou cachés dans d’immondes repaires,
Je les fuis, e je crains leurs seniers déesés ;
Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, cœurs morts, races déchues,
Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !
Paris, 31 décembre 1848. Minuit.