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« Une lettre de Hng-Kng (Chine), en date du 24 juillet 1852, nus annnce que M. Bnnard, missinnaire du Tng-King, a été décapité pur la fi, le 1 er mai dernier.
» Ce nuveau martyr était né dans le dicèse de Lyn et appartenait à la Sciété des Missins étrangères. Il était parti pur le Tng-King en 1849. »
Ô saint prêtre ! grande âme ! h ! je tmbe à genux !
Jeune, il avait encr de lngs jurs parmi nus,
Il n’en a pas cmpté le nmbre ;
Il était à cet âge ù le bnheur fleurit ;
Il a cnsidéré la crix de Jésus-Christ
Tute raynnante dans l’mbre.
Il a dit : « C’est le Dieu de prgrès et d’amur.
Jésus, qui vit tn frnt, crit vir le frnt du jur.
Christ surit à qui le repusse.
Puisqu’il est mrt pur nus, je veux murir pur lui ;
Dans sn tmbeau, dnt j’ai la pierre pur appui,
Il m’appelle d’une vix duce.
» Sa dctrine est le ciel entr’uvert ; par la main,
Cmme un père l’enfant, il tient le genre humain ;
Par lui nus vivns et nus smmes ;
Au chevet des geôliers drmant dans leurs maisns,
Il dérbe les clefs de tutes les prisns
Et met en liberté les hmmes.
» Or il est, lin de nus, une autre humanité
Qui ne le cnnaît pint, et dans l’iniquité
Rampe enchaînée, et suffre et tmbe ;
Ils fnt pur truver Dieu de ténébreux effrts ;
Ils s’agitent en vain ; ils snt cmme des mrts
Qui tâtent le mur de leur tmbe.
» Sans li, sans but, sans guide, ils errent ici-bas.
Ils snt méchants, étant ignrants ; ils n’nt pas
Leur part de la grande cnquête.
J’irai. Pur les sauver je quitte le saint lieu.
Ô mes frères, je viens vus apprter mn Dieu ;
Je viens vus apprter ma tête ! » —
Prêtre, il s’est suvenu, calme en ns jurs trublés,
De la parle dite aux apôtres : — Allez,
Bravez les bûchers et les claies !
Et de l’adieu du Christ au suprême mment :
— Ô vivant, aimez-vus ! aimez. En vus aimant,
Frères, vus fermerez mes plaies. —
Il s’est dit qu’il est bn d’éclairer dans leur nuit
Ces peuples, égarés lin du prgrès qui luit,
Dnt l’âme est cuverte de viles ;
Puis il s’en est allé, dans les vents, dans les flts,
Vers les nirs chevalets et les sanglants billts,
Les yeux fixés sur les étiles.
Ceux vers qui cet apôtre allait l’nt égrgé.
Oh ! tandis que là-bas, hélas ! chez ces barbares,
S’étale l’échafaud de tes membres chargé,
Que le burreau, rangeant ses glaives et ses barres,
Frtte au gibet sn ngle ù tn sang s’est figé ;
Ciel ! tandis que les chiens dans ce sang viennent bire,
Et que la muche hrrible, essaim au vl jyeux,
Cmme dans une ruche entre en ta buche nire
Et burdnne au sleil dans les trus de tes yeux ;
Tandis qu’échevelée, et sans vix, sans paupières,
Ta tête blême est là sur un infâme pieu,
Livrée aux vils affrnts, meurtrie à cups de pierres,
Ici, derrière ti, martyr, n vend tn Dieu !
Ce Dieu qui n’est qu’à ti, martyr, n te le vle !
On le livre à Mandrin, ce Dieu pur qui tu meurs !
Des hmmes, cmme ti revêtus de l’étle,
Pur être cardinaux, pur être sénateurs,
Des prêtres, pur avir des palais, des carrsses,
Et des jardins, l’été, riant sus le ciel bleu,
Pur argenter leur mitre et pur drer leurs crsses,
Pur bire de bn vin, assis près d’un bn feu,
Au frban dnt la main dans le meurtre est trempée,
Au larrn chargé d’r qui paye et qui surit,
Grand Dieu ! returne-ti vers nus, tête cupée !
Ils vendent Jésus-Christ ! ils vendent Jésus-Christ !
Ils livrent au bandit, pur quelques sacs srdides,
L’évangile, la li, l’autel épuvanté,
Et la justice aux yeux sévères et candides,
Et l’étile du cœur humain, la vérité !
Les bns jetés vivants au bagne, u mrts aux fleuves,
L’hmme juste prscrit par Cartuche Sylla,
L’inncent égrgé, le deuil sacré des veuves,
Les pleurs de l’rphelin, ils vendent tut cela !
Tut ! la fi, le serment que Dieu tient sus sa garde,
Le saint temple ù, murant, tu dis : Intrïb,
Ils livrent tut ! pudeur, vertu ! — martyr, regarde,
Ruvre tes yeux qu’emplit la lueur du tmbeau ; —
Ils vendent l’arche auguste ù l’hstie étincelle !
Ils vendent Christ, te dis-je ! et ses membres liés !
Ils vendent la sueur qui sur sn frnt ruisselle,
Et les clus de ses mains, et les clus de ses pieds !
Ils vendent au brigand qui chez lui les attire
Le grand crucifié sur les hmmes penché ;
Ils vendent sa parle, ils vendent sn martyre,
Et tn martyre à ti par-dessus le marché !
Tant pur les cups de fuet qu’il reçut à la prte !
César ! tant pur l’amen ! tant pur l’alleluia !
Tant pur la pierre ù vint heurter sa tête mrte !
Tant pur le drap rugi que sa barbe essuya !
Ils vendent ses genux meurtris, sa palme verte,
Sa plaie au flanc, sn œil tut baigné d’infini,
Ses pleurs, sn agnie, et sa buche entr’uverte,
Et le cri qu’il pussa : Lamma Sabacthani !
Ils vendent le sépulcre ! ils vendent les ténèbres !
Les séraphins chantant au seuil prfnd des cieux,
Et la mère debut sus l’arbre aux bras funèbres,
Qui, sentant là sn fils, ne levait pas les yeux !
Oui, ces évêques, ui, ces marchands, ui, ces prêtres,
À l’histrin du crime, assuvi, curnné,
À ce Nérn repu qui rit parmi les traîtres,
Un pied sur Thraséas, un cude sur Phryné,
Au vleur qui tua les lis à cups de crsse,
Au pirate empereur Naplén dernier,
Ivre deux fis, immnde encr plus que férce,
Purceau dans le claque et lup dans le charnier,
Ils vendent, ô martyr, le Dieu pensif et pâle
Qui, debut sur la terre et sus le firmament,
Triste et nus suriant dans ntre nuit fatale,
Sur le nir Glgtha saigne éternellement.
Jersey, décembre 1852.