’âmes La Légene es siècles , Calmann-Lévy , 1877 , 2 ( p. 45 – 49 ). Le Poète au ver e terre Fleuves et poètes collection Clarté ’âmes Victor Hugo Calmann-Lévy 1877 Paris C 2 Clarté ’âmes Hugo – La Légene es siècles, 2e série, éition Hetzel, 1877, tome 2.jvu Hugo – La Légene es siècles, 2e série, éition Hetzel, 1877, tome 2.jvu/9 45-49

Sait-on si ce n’est pas e la clarté qui sort
Du cerveau es songeurs sacrés, creusant le sort,
La vie et l’inconnu, travailleurs e l’abîme ?
Voici ce que j’ai vu ans une nuit sublime :

5 Cette nuit-là pas une étoile ne brillait ;

C’était au mois ’Egla que nous nommons juillet ;
Et sous l’azur noir, face immense u mystère,
Dans tous les lieux éserts qui sont sur cette terre,
Forêts, plages, ravins, caps où rien ne fleurit,
10 Les solitaires, ceux qui vivent par l’esprit,
Sonant l’éternité, l’âme, le temps, le nombre,
Effarés et sereins, étaient épars ans l’ombre ;
L’un en Europe ; l’autre en Ine, où, ans les bois
Cachant ses jeunes faons, la gazelle aux abois
15 Atten pour s’enormir que le lion s’enorme ;
Un autre ans l’horreur e l’Afrique ifforme.
Tous ces hommes avaient l’iéal pour objet ;
Et chacun ’eux était ans son antre et songeait.
Ces prophètes étaient frères sans se connaître ;
20 Pas un ’eux ne savait, isolé ans son être
Et sa pensée ainsi qu’un roi ans son état,
Que quelqu’un e semblable à lui-même existât ;
Ils veillaient, et chacun se croyait seul au mone ;
Aucun lien entre eux que l’énigme profone
25 Et la recherche obscure et terrible e Dieu.
Ils pensaient ; l’infini sans borne et sans milieu
Pesait sur eux ; pas un qui e la solitue
N’eût la mystérieuse et sinistre attitue ;
Pourtant ils étaient oux ces hommes effrayants.

30 Sphar était attentif aux nuages fuyants ;
Stélus laissait, u fon es mers, u bor es grèves,

Du haut es cieux, venir à lui les vastes rêves ;
Pythagore isait : Dieu ! fais ce que tu ois !
Thur regarait l’abîme et comptait sur ses oigts ;
35 Saoch rêvait l’éen, ayant pour lit es pierres ;
Zès, qui n’ouvrait jamais qu’à emi les paupières,
Contemplait cette chose implacable, la nuit ;
Saoch guettait l’autre être insonable, le bruit ;
Sostrate étuiait, ans l’eau qu’un souffle mène,
40 Dans la fumée et l’air, la estinée humaine ;
Lycurgue, formiable et pâle, méitait ;
Eschyle était semblable au rocher qui se tait,
Et tournait vers l’Etna fumant son gran front chauve ;
Isaïe, habitant ’un sépulcre, esprit fauve,
45 Aressait la parole à ceux qui ne sont plus ;
Comme Isaïe, un sage, un fou, Phégorbélus
Parlait ans la nuée aux faces invisibles,
Et isait, feuilletant on ne sait quelles bibles :
— Je parle, et ne sais pas si je suis écouté ;
50 Les spectres plus nombreux que les mouches ’été
M’entourent, et sur moi se précipite et tombe
La légion e ceux qui rêvent ans la tombe ;
On me hait ans le mone étrange e la mort ;
Je sens parfois, la nuit, un rêve qui me mor,
55 Et les êtres e l’ombre, essaim, foule inconnue,
M’attaquent quan je ors ; pourtant je continue,
Et je cherche à savoir le gran secret caché
Qu’Ève evina presque et qu’entrevit Psyché. —
Orobanchus, garien e l’autel es Trois Grâces,
60

Mauissait vaguement les casques, les cuirasses
Et les glaives, semeurs tragiques u trépas,
Et, sombre, murmurait : — Mortels, n’oubliez pas
Qu’Aglaé ans sa main tient un bouton e rose. —
Chacun recommanait à l’ombre quelque chose
65 De faible, le haillon, le chaume, le grabat ;
Phtès, les amnés sur qui trop e haine s’abat,
Hermanès, l’humble toit u lépreux sans éfense,
Gyr le roit, et Lysis la vénérable enfance.
Tous voulaient secourir l’homme, et le protéger
70 Contre ce monstre obscur, l’innombrable anger ;
Tous calculaient le mal à fuir, le bien à faire.
La terre est sous les yeux u estin ; cette sphère
Semble être par quelqu’un confiée aux penseurs.

La nuit était immense, et ans ses épaisseurs
75 Tout sommeillait, les bois, les monts, les mers, les sables ;
Eux, ils ne ormaient point, étant les responsables.
Les heures s’écoulaient, la nuit passait ; mais rien,
Ni la faim, ni la soif, ni le vent syrien
Qui va es mers ’Aram jusqu’au Tibre e Rome,
80 Ne troublait ces esprits, souffrant es maux e l’homme ;
Ils avaient la révolte en eux, l’altier frisson
Que onne, à qui se sent es ailes, la prison ;
Chacun tâchait e rompre un anneau e la chaîne ;
Plus ’imposture ! plus e guerre ! plus e haine !
85 Il sortait e chacun e ces séditieux

Une sommation qui s’en allait aux cieux.
La vérité faisait, claire, auguste, insensée,
De chacun de ces fronts jaillir une pensée,
La justice, la paix, l’enfer amnistié.
90 Ces cerveaux lumineux dégageaient la pitié,
La bonté, le pardon aux vivants éphémères,
L’espérance, la joie et l’amour, des chimères,
Des rêves comme en font les astres, s’ils en font ;
Cela se répandait sous le zénith profond ;
95 Tous ces hommes étaient plongés dans les ténèbres ;
Seuls et noirs, combinant les rhythmes, les algèbres,
Le chiffre avec le chant, le passé, le présent,
Ajoutant quelque chose à l’homme, agrandissant
La prunelle, l’esprit, la parole, l’ouïe,
100 Ils songeaient ; et l’aurore apparut, éblouie.