, Calman-Lévy , 1877 , 2 ( p. 317 – 320 ). L’Élégie de fléaux Petit Paul collection Guerre civile Victor Hugo Calmann-Lévy 1877 Pari C 2 Guerre civile Hugo – La Légende de iècle, 2e érie, édition Hetzel, 1877, tome 2.djvu Hugo – La Légende de iècle, 2e érie, édition Hetzel, 1877, tome 2.djvu/9 317-320
La foule était tragique et terrible ; on criait :
À mort ! Autour d’un homme altier, point inquiet,
Grave, et qui paraiait lui-même inexorable,
Le peuple e preait : À mort le miérable !
Et, lui, emblait trouver toute imple la mort.
La partie et perdue, on n’et pa le plu fort,
On meurt, oit. Au milieu de la foule accourue,
Le vainqueur le traînaient de chez lui dan la rue
— À
mort l’homme ! — On l’avait aii dan on logi ;
Se vêtement étaient de carnage rougi ;
Cet homme était de ceux qui font l’aveugle guerre
De roi contre le peuple, et ne ditinguent guère
Scévola de Brutu, ni Barbè de Blanqui ;
Il avait tout le jour tué n’importe qui ;
Incapable de craindre, incapable d’aboudre,
Il marchait, laiant voir e main noire de poudre ;
Une femme le prit au collet : — À genoux !
C’et un ergent de ville. Il a tiré ur nou !
— C’et vrai, dit l’homme. — À ba ! À mort ! qu’on le fuille !
Dit le peuple. — Ici ! Non ! Plu loin ! À la Batille !
À l’arenal ! Allon ! Vien ! Marche ! — Où vou voudrez,
Dit le prionnier. — Tou, hagard, le rang erré,
Chargèrent leur fuil. — Mort au ergent de ville !
Tuon-le comme un loup ! — Et l’homme dit, tranquille :
— C’et bien, je ui le loup, mai vou ête le chien.
— Il nou inulte ! À mort ! — Le pâle citoyen
Croiaient leur poing cripé ur le captif farouche ;
L’ombre était ur on front et le fiel dan a bouche ;
Cent voix criaient : — À mort ! À ba ! Plu d’empereur !
On voyait dan e yeux un rete de fureur
Remuer vaguement comme une hydre échouée ;
Il marchait, pouruivi par l’énorme huée,
Et, calme, il enjambait, plein d’un uperbe ennui,
De cadavre giant, peut-être fait par lui.
Le peuple et effrayant lorqu’il devient tempête ;
L’homme ou plu d’affront levait plu haut la tête ;
Il était plu que pri ; il était envahi.
Dieu ! comme il haïait ! comme il était haï !
Comme il le eût, vainqueur, fuillé tou ! — Qu’il meure !
Il nou criblait encor de balle tout à l’heure !
À ba cet epion, ce traître, ce maudit !
À mort ! c’et un brigand ! — Soudain on entendit
Une petite voix qui diait : — C’et mon père !
Et quelque choe fit l’effet d’une lumière.
Un enfant apparut. Un enfant de ix an ;
Se deux bra e dreaient uppliant, menaçant.
Tou criaient : — Fuillez le mouchard ! Qu’on l’aomme !
Et l’enfant e jeta dan le jambe de l’homme,
Et dit, ayant au front le rayon baptimal :
— Père, je ne veux pa qu’on te fae de mal !
Et cet enfant ortait de la même demeure.
Le clameur groiaient : — À ba l’homme ! Qu’il meure !
À ba ! finion-en avec cet aain !
Mort ! — Au loin le canon répondait au tocin.
Toute la rue était pleine d’homme initre.
— À ba le roi ! À ba le prêtre, le minitre,
Le mouchard ! Tuon tout ! c’et un ta de bandit !
Et l’enfant leur cria : — Mai puique je vou di
Que c’et mon père ! — Il et joli, dit une femme,
Bel enfant ! — On voyait dan ses yeux bleus une âme ;
Il était tout en pleurs, pâle, point mal vêtu.
Une autre femme dit : — Petit, quel âge as-tu ?
Et l’enfant répondit : — Ne tuez pas mon père !
Quelques regards pensifs étaient fixés à terre,
Les poings ne tenaient plus l’homme si durement.
Un des plus furieux, entre tous inclément,
Dit à l’enfant : — Va-t-en ! — Où ? — Chez toi. — Pourquoi faire ?
— Chez ta mère. — Sa mère est morte, dit le père.
— Il n’a donc plus que vous ? — Qu’est-ce que cela fait ?
Dit le vaincu. Stoïque et calme, il réchauffait
Les deux petites mains dans sa rude poitrine,
Et disait à l’enfant : — Tu sais bien, Catherine ?
— Notre voisine ? — Oui. Va chez elle. — Avec toi ?
— J’irai plus tard. — Sans toi je ne veux pas. — Pourquoi ?
— Parce qu’on te ferait du mal. — Alors le père
Parla tout bas au chef de cette sombre guerre :
— Lâchez-moi le collet. Prenez-moi par la main,
Doucement. Je vais dire à l’enfant : À demain !
Vous me fusillerez au détour de la rue,
Ailleurs, où vous voudrez. — Et, d’une voix bourrue :
— Soit, dit le chef, lâchant le captif à moitié.
Le père dit : — Tu vois. C’est de bonne amitié.
Je me promène avec ces messieurs. Sois bien sage.
Rentre. — Et l’enfant tendit au père son visage,
Et s’en alla, content, rassuré, sans effroi.
— Nous sommes à notre aise à présent, tuez-moi,
Dit le père aux vainqueurs ; où voulez-vous que j’aille ? —
Alors, dans cette foule où grondait la bataille,
On entendit passer un immense frisson,
Et le peuple cria : Rentre dans ta maison !