, Calmann-Lévy , 1877 , 1 ( p. 175 – 180 ). Le Reître Entre lion et roi collection Le Comte Félibien Victor Hugo Calmann-Lévy 1877 Pari V 1 Le Comte Félibien Hugo – La Légende de iècle, 2e érie, édition Hetzel, 1877, tome 1.djvu Hugo – La Légende de iècle, 2e érie, édition Hetzel, 1877, tome 1.djvu/9 175-180

LE COMTE FÉLIBIEN

Attendu qu’il faut mettre à la raion la ville,
Qu’il faut tout écraer dan la guerre civile
Et vaincre le forfait à force d’attentat,
Come vient d’égorger, pêle-mêle, de ta
De miérable, vieux, jeune, toute une foule,
Dan Sienne où la fierté de grand iècle ’écroule.
Tou le mur ont criblé de bicayen de fer.
Le maacre et fini ; mai un rete d’enfer
Et ur la ville, en proie aux cohorte lombarde.

La fumée encor flotte aux gueule de bombarde ;
Et l’horreur du combat, de choc et de aaut
Et viible partout, dan le rouge ruieaux,
Et dan l’effarement de mort, face farouche ;
On dirait que le cri ont encor dan le bouche,
On dirait que la foudre et encor dan le yeux,
Tant le cadavre ont vivant et furieux.
Cependant le marchand ont rouvert leur boutique.
De gen quelconque vont et viennent ; dometique,
Patron, clerc, artian, chacun a on ouci ;
Chacun a on regard qui dit : — C’et bien aini.
Finion-en. Silence ! un nouveau maître arrive. —

L’indifférence aux mort qu’on a, pourvu qu’on vive,
L’acceptation froide et calme de affront,
Cette lâcheté-là e lit ur tou le front.
— Pourquoi ce vanupied ortaient-il de leur phère ?
Il ont mort. C’et bien fait. Nou avon no affaire.
Le roi qui ont un peu tyran ont preque dieux.
Nou eron muelé et rudoyé ; tant mieux.
Enterron. Oublion. Et parlon d’autre choe. —
Aini le vieux troupeau bourgeoi raionne et gloe.
Et tou ont apaié, et beaucoup ont content.

Seul, un homme, — on dirait qu’il a prè de cent an
Et qu’il n’en a pa vingt, et qu’un atre et on âme,
À voir on front de neige, à voir e yeux de flamme, —
Cet homme, moin emblable aux vivant qu’aux aïeux,

Rôde, et, quand il ’arrête, il n’a plu dan le yeux
Qu’un vague rete obcur de lueur diparue,
Tant il onge et médite ! et le paant de rue,
Voyant ce noir rêveur qui vient on ne ait d’où,
Dient : C’et un génie ; et d’autre : C’et un fou.
L’un crie : Alighieri ! c’et lui ! c’et l’homme-fée
Qui revient de enfer comme en revint Orphée ;
Orphée a vu Pluton et Dante a vu Satan,
Il arrive de chez le mort ; Dante, va-t’en !
L’autre dit : Ce n’et pa Dante, c’et Jérémie.
La plainte a preque peur d’avoir été gémie,
Et e cache devant le vainqueur irrité ;
Mai cet homme et un tel pectre dan la cité
Qu’il emble effrayant même à la horde ennemie ;
Et pourtant ce n’et point Dante ni Jérémie ;
C’et implement le vieux comte Félibien
Qui ne croit que le vrai, qui ne veut que le bien,
Et par qui fut fondé le collége de Sienne ;
Il porte haut la tête étant une âme ancienne,
Et fait trembler ; cet homme affronte le vainqueur ;
Mai, dan l’écroulement de eprit et de cœur,
On le hait ; le meilleur emble aux lâche le pire,
Et celui qui n’a pa d’épouvante en inpire.

Qu’importe à ce paant ? Dan ce vil guet-apen,
Le un étant giant et le autre rampant,
Le un étant la tombe et le autre la foule,

Il et le eul debout ; il onge ; le ang coule,
Le ang fume, le ang et partout ; ombre, il va.

Tout à coup au détour de la Via Corva,
Il aperçoit dan l’ombre une femme inconnue ;
Une morte étendue à terre toute nue,
Corp terrible aux regard de tou protitué
Et dont le ventre ouvert montre un enfant tué.

Alor il crie : — Ô ciel ! un enfant ! guerre affreuse !
Où donc s’arrêtera le gouffre qui se creuse ?
Massacrer l’inconnu, l’enfant encor lointain !
Supprimer la promesse obscure du destin !
Mais on poussera donc l’horreur jusqu’au prodige !
Mais vous êtes hideux et stupides, vous dis-je !
Mais c’est abominable, ô ciel ! ciel éclatant !
Et les bêtes des bois n’en feraient pas autant !
Qu’on ait tort et raison des deux côtés, qu’on fasse
Au fond le mal, croyant bien faire à la surface,
Vous êtes des niais broyant des ignorants,
Cette justice-là, c’est bien, je vous la rends ;
Je vous hais et vous plains. Mais, quoi ! quand l’empyrée
Attend du nouveau-né l’éclosion sacrée,
Quoi ! ces soldats, ces rois, sans savoir ce qu’ils font,
Touchent avec leur main sanglante au ciel profond !
Ils interrompent l’ombre ébauchant son ouvrage !

Ils veulent en finir d’un coup, et dans leur rage
D’avoir bien fait justice, et d’avoir bien vaincu,
Ils vont jusqu’à tuer ce qui n’a pas vécu !
Mais, bandits, laissez donc au moins venir l’aurore !
Brutes, vous châtiez ce qui n’est pas encore !
La femme que voilà morte sur le pavé,
Qui cachait dans son sein l’enfant inachevé,
L’avenir, l’écheveau des jours impénétrables,
Était de droit divin parmi vous, misérables ;
Car la maternité, c’est la grande action.
Sachez qu’on doit avoir la même émotion
Devant Ève portant les races inconnues
Que devant l’astre immense entrevu dans les nues ;
Sachez-le, meurtriers ! les respects sont pareils
Pour la femme et le ciel, l’abîme des soleils
Étant continué par le ventre des mères.
Rois, le vrai c’est l’enfant ; vous êtes des chimères.
Ah ! maudits ! Mais voyons, réfléchissez un peu.
Crime inouï ! l’enfant arrive en un milieu
Ignoré, parmi nous, il sort des sphères vierges ;
Il quitte les soleils remplacés par vos cierges ;
Sa mère qui le sent remuer, s’attendrit ;
Il n’est pas encor l’homme, il est déjà l’esprit,
Il cherche à deviner sa nouvelle patrie,
Et dans le bercement de cette rêverie
Où tout l’azur divin est vaguement mêlé,
Voilà que, brusque, affreux, de mitraille étoilé,
L’assassinat, au fond de ce flanc qu’on vénère,

Entre avec le fracas infâme du tonnerre,
Et se rue et s’abat, monstrueux ennemi,
Sur le pauvre doux être, ange encor endormi !
Qu’est-ce que ce réveil sans nom, et cette tombe
Ouverte par l’orfraie horrible à la colombe !
Ah ! prêtres, qu’a domptés César, vous qu’à leurs plis
Toutes les actions des grands ont assouplis,
Vous qui leur amenez chez eux cette servante,
La prière, et mettez le Te Deum en vente,
Vous qui montrez devant les rois le Tout-Puissant
Agenouillé, lavant les pavés teints de sang,
Vous qui pourtant parfois, fronts chauves, barbes grises,
Avez des tremblements dans vos mornes églises
Et sentez que la tombe est peut-être un cachot,
Prêtres, que pensez-vous qui se passe là-haut,
Dans l’abîme du vrai sans fond, dans le mystère,
Dans le sombre équilibre ignoré, quand la terre
Sinistre, renvoyant l’innocence au ciel bleu,
Jette une petite âme épouvantée à Dieu !