, Calmann-Lévy , 1877 , 2 ( p. 281 – 286 ). Le Enterrement civil Aprè le Fourche Caudine collection Le Prionnier Victor Hugo Calmann-Lévy 1877 Pari C 2 Le Prionnier Hugo – La Légende de iècle, 2e érie, édition Hetzel, 1877, tome 2.djvu Hugo – La Légende de iècle, 2e érie, édition Hetzel, 1877, tome 2.djvu/9 281-286
Cet homme a pour prion l’ignominie immene.
On pouvait le tuer, mai on fut an clémence,
Il vit.
Il et dan l’âpre et lugubre prion
Inviible, toujour debout ur l’horizon,
L’opprobre.
Cette
tour a la hauteur du onge.
Sa crypte juqu’aux lieux ignoré e prolonge,
Se rempart ont de noir créneaux vertigineux,
Si vain qu’on n’y pourrait pendre une corde à nœud,
Si terrible que rien jamai ne vou procure
Une échelle appliquée à la muraille obcure.
Aucun troueau de clef n’ouvre ce qui n’et plu.
On et captif. Dan quoi ? Dan de l’ombre. Et reclu ;
Où ? Dan on propre gouffre. On a ur oi le voile.
C’et fini. Deuil ! Jamai on ne verra l’étoile
Ni l’azur apparaître au plafond idéral.
Là, rien qui puie rendre à l’affreux général
Cette virginité, la France point trahie.
Sa mémoire et déjà de lui-même haïe.
Pa d’enceinte à ce bagne épar dan tou le en,
Qui va plu loin que tou le nuage paant,
Car l’élargiement du déhonneur imite
Un rayonnement d’atre et n’a point de limite.
Pour bâtir la prion qui jamai ne finit
La loi ne e ert pa d’airain ni de granit ;
C’et la fange qu’on prend, la fange étant plu dure ;
Cette batille-là toujour vit, toujour dure,
Pleine d’un crépucule au pâle hiver pareil,
Brume où manque l’honneur comme aux nuit le oleil,
Oubliette où l’aurore et éteinte, où médite
Ce qui rete d’une âme aprè qu’elle et maudite.
Ce miérable est seul dans cette ombre ; son front
Est plié, car la honte est basse de plafond,
Tant l’informe cerveau du fourbe est peu lucide,
Tant est lourd à porter le poids du parricide.
Si cet homme eût voulu, la France triomphait.
Il porte au coup ce noir carcan : ce qu’il a fait.
De la déroute affreuse il fut le vil ministre.
Sa conscience nue, indignée et sinistre,
Est près de lui, disant : L’abject sort du félon,
Ganelon de Judas et toi de Ganelon.
Sois le désespéré. Dors si tu peux, je veille. —
Il entend cette voix sans cesse à son oreille.
Morne, il n’a même plus cet espoir, un danger.
Il faut qu’il reste, il faut qu’il vive, pour songer
Aux vieilles légions de France prisonnières,
Pour qu’il soit souffleté par toutes nos bannières
Frémissantes, la nuit, dans ses rêves hideux.
D’ailleurs nos aïeux morts n’auraient au milieu d’eux
Pas voulu de ce spectre, et leur grand souffle sombre
Certe, eût chassé d’abîme en abîme cette ombre,
Et fouetté, ramené, repris, poussé, traîné
Ce fuyard à la fuite à jamais condamné !
Car, grâce à lui, l’on peut cracher sur notre gloire,
Car c’est par toi, maudit, que nos preux, notre histoire,
Nos régiments, de tant de victoire étoilés,
Que Wagram, Austerlitz, Lodi, s’en sont allés
En prison, sous les yeux de l’Anglais et du Russe,
Le dos zébré du plat du sabre de la Prusse !
Inexprimable deuil !
Donc cet homme est muré
Au fond d’on ne sait quel mépris démesuré ;
Le regard effrayant du genre humain l’entoure ;
Il est la trahison comme Cid la bravoure.
Sa complice, la Peur, sa sœur, la Lâcheté,
Le gardent. Ce rebut vivant, ce rejeté,
Sous l’exécration de tous, sur lui vomie,
Râle, et ne peut pas plus sortir de l’infamie
Que l’écume ne peut sortir de l’Océan.
L’opprobre, ayant horreur de lui, dirait : Va-t’en,
Les anges justiciers, secouant sur cette âme
Leur glaive où la lumière, hélas, s’achève en flamme,
Crieraient : Sors d’ici ! rentre au néant qui t’attend !
Qu’il ne pourrait ; aucune ouverture n’étant
Possible, ô cieux profonds, hors d’une telle honte !
Cet homme est le Forçat ! Qu’il descende ou qu’il monte,
Que trouve-t-il ? En bas l’abjection ; en haut
L’abjection. Son cœur est brûlé du fer chaud.
Le criminel, eût-il plus d’or qu’il n’en existe,
Ne corrompra jamais son crime, geôlier triste.
Deux verrous ont fermé sa porte pour jamais,
L’un qu’on nomme Strasbourg, l’autre qu’on nomme Metz.
Ah ! cet infâme a mis le pied sur la patrie.
Quand une âme ici-bas est à ce point flétrie,
Lorsqu’on l’a vue au fond des forfaits se vautrer,
L’honneur libre et vivant n’y peut pas plus rentrer
Que l’abeille ne vient sur une rose morte.
Ah ! le Spielberg est noir, la Bastille était forte,
Le Saint-Michel rempli de cages était haut,
Le vieux château Saint-Ange est un puissant cachot ;
Mais aucun mur n’égale en épaisseur la honte.
Dieu tient ce prisonnier et lui demande compte.
Comment a-t-il changé notre armée en troupeau ?
Qu’a-t-il fait des canons, des soldats, du drapeau,
Du clairon réveillant les camps, de l’espérance,
De nous tous, et combien a-t-il vendu la France ?
Oh ! quelle ombre de tels coupables ont sur eux !
Cave et forêt ! rameaux croisés ! murs douloureux !
Stigmate ! abaissement ! chute ! dédains horribles !
Comment fuir de dessous ces branchages terribles ?
Ô chiens, qu’avez-vous donc dans les dents ? C’est son nom.
Il habite la faute, éternel cabanon,
Labyrinthe aux replis monstrueux et funèbres
Où les ténèbres sont derrière les ténèbres,
Geôle où l’on est captif tant qu’on est regardé.
Et qui donc maintenant dit qu’il s’est évadé ?