, Ollendorf , 1909 , 17 ( p. 429 – 434 ). Dan Virgile parfoi, dieu tout prè d’être un ange Regardez. Le enfant e ont ai en rond collection À un riche Victor Hugo Ollendorf 1909 Pari C 17 À un riche Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome II.djvu Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome II.djvu/7 429-434
Jeune homme ! je te plain ; et cependant j’admire
Ton grand parc enchanté qui emble nou ourire,
Qui fait, vu de ton euil, le tour de l’horizon,
Grave ou joyeux uivant le jour et la aion,
Coupé d’herbe et d’eau vive, et rempliant huit lieue
De e vague maif et de e ombre bleue.
J’admire ton domaine, et pourtant je te plain !
Car dan ce boi touffu de tant de grandeur plein,
Où le printemp épanche un fate an meure,
Quelle plu miérable et plu pauvre maure
Qu’un homme ué, flétri, mort pour l’illuion,
Riche et an volupté, jeune et an paion,
Dont le cœur délabré, dan e recoin livide,
N’a plu qu’un trite ama d’ancienne coupe vide,
Vae brié qui n’ont rien gardé que l’ennui,
Et d’où l’amour, la joie et la candeur ont fui !
Oui, tu me fai pitié, toi qui croi faire envie !
Ce plendide éjour ur ton cœur, ur ta vie,
Jette une ombre ironique, et rit en écraant
Ton front terne et chétif d’un cadre éblouiant.
Di-moi, croi-tu, vraiment poéder ce royaume
D’ombre et de fleur, où l’arbre arrondi comme un dôme,
L’étang, lame d’argent que le couchant fait d’or,
L’allée entrant au boi comme un noir corridor,
Et là, ur la forêt, ce mont qu’une tour garde,
Font un groupe i beau pour l’âme qui regarde !
Lieu acré pour qui ait dan l’immene univer,
Dan le pré, dan le eaux et dan le vallon vert,
Retrouver le profil de la face éternelle
Dont le viage humain n’et qu’une ombre charnelle !
Que fai-tu donc ici ? Jamai on ne te voit,
Quand le matin blanchit l’angle ardoié du toit,
ortir, onger, cueillir la fleur, coupe iriée
Que la plante à l’oieau tend pleine de roée,
Et parfoi t’arrêter, laiant pendre à ta main
Un livre interrompu, debout ur le chemin,
Quand le bruit du vent coupe en trophe incertaine
Cette longue chanon qui coule de fontaine.
Jamai tu n’a uivi de ommet en ommet
La ligne de coteaux qui fait rêve ; jamai
Tu n’a joui de voir, ur l’eau qui reflète,
Quelque aule noueux tordu comme un athlète.
Jamai, évère eprit au mytère attaché,
Tu n’a quetionné le vieux orme penché
Qui regarde à e pied toute la pleine vivre
Comme un age qui rêve attentif à on livre.
L’été, lorque le jour et par midi frappé,
Lorque la laitude a tout enveloppé,
A l’heure où l’andaloue et l’oieau font la iete,
Jamai le faon peureux, tapi dan l’antre agrete,
Ne te voi, à pa lent, loin de l’homme importun,
Grave, et comme ayant peur de réveiller quelqu’un,
Errer dan le forêt ténébreue et douce
Où le ilence dort ur le velour de moue.
Que te fai tout cela ? Le nuage de cieux,
La verdure et l’azur ont l’ennui de te yeux.
Tu n’et pa de ce fou qui vont, et qui ’en vantent,
Tendant partout l’oreille aux voix qui partout chantent,
Rendant au Seigneur d’avoir fait le printemp,
Qui ramae un nid, ou contemple longtemp
Quelque noir champignon, montre étrange de l’herbe.
Toi, comme un ac d’argent, tu voi paer la gerbe.
Ta futaie, en avril, ou e bra plu nombreux
A l’air de réclamer bien de pa amoureux,
Bien de cœur oupirant, bien de tête penive ;
Toi qui joui aui ou e branche maive,
Tu onge, calculant le tailli qui ’accroît,
Que Pari, ce vieillard qui, l’hiver, a i froid,
Attend, ou e vieux quai percé de rampe neuve,
Ce long erpent de boi qui decendent le fleuve !
Ton regard voit, tandi que ton œil flotte au loin,
Le blé d’or en farine et la prairie en foin ;
Pour toi le laboureur et un rutre qu’on paie ;
Pour toi toute fumée ondulant, noire ou gaie,
Sur le clair payage, et un foyer impur
Où l’on cuit quelque viande à l’angle d’un vieux mur.
Quand le oir tend le ciel de e moire ardente
Au do d’un fort cheval ai, jambe pendante,
Quand le bouvier hâlé, de leur bra vigoureux
Pique te bœuf géant qui par le chemin creux
Se hâtent pêle-mêle et ’en vont à la crèche,
Toi, devant ce tableau tu rêves à la brèche
Qu’il faudra réparer, en vendant tes silos,
Dans ta rente qui tremble aux pas de don Carlos !
Au crépuscule, après un long jour monotone,
Tu t’enferme chez toi. Les tièdes nuits d’automne
Versent leur chaste haleine aux coteaux veloutés.
Tu n’en sais rien. D’ailleurs, qu’importe ! A tes côtés,
Belles, leur bruns cheveux appliqués sur les tempes,
Fronts roses empourprés par le reflet des lampes,
Des femmes aux yeux purs sont assises, formant
Un cercle frais qui borde et cause doucement ;
Toutes, dans leurs discours où rien n’ose apparaître,
Cachant leurs voeux, leur âmes et leur cœur que peut-être
Embaume un vague amour, fleur qu’on ne cueille pas,
Parfum qu’on sentirait en se baissant tout bas.
Tu n’en sais rien. Tu fais, parmi ces élégies,
Tomber ton froid sourire, où, sous quatre bougies,
D’autres hommes et toi, dans un coin attablés
Autour d’un tapis vert, bruyants, vous querellez
Les caprices du whist, du brelan ou de l’hombre.
La fenêtre est pourtant pleine de lune et d’ombre !
O risible insensé ! vraiment, je te le dis,
Cette terre, ces prés, ces vallons arrondis,
Nids de feuilles et d’herbe où jasent les villages,
Ces blés où les moineaux ont leurs joyeux pillages,
Ces champs qui, l’hiver même, ont d’austères appas,
Ne t’appartiennent point : tu ne les comprends pas.
Vois-tu, tous les passants, les enfants, les poètes,
Sur qui ton bois répand ses ombres inquiètes,
Le pauvre jeune peintre épris de ciel et d’air,
L’amant plein d’un seul nom, le sage au cœur amer,
Qui viennent rafraîchir dans cette solitude,
Hélas ! l’un son amour et l’autre son étude,
Tous ceux qui, savourant la beauté de ce lieu,
Aiment, en quittant l’homme, à s’approcher de Dieu,
Et qui, laissant ici le bruit vague et morose
Des troubles de leur âme, y prennent quelque chose
De l’immense repos de la création,
Tous ces hommes, sans or et sans ambition,
Et dont le pied poudreux ou tout mouillé par l’herbe
Te fait rire emporté par ton landau superbe,
Sont dans ce parc touffu, que tu crois sous ta loi,
Plus riches, plus chez eux, plus les maîtres que toi,
Quoique de leur forêt que ta main grille et mure
Tu puisses couper l’ombre et vendre le murmure !
Pour eux rien n’est stérile en ces asiles frais.
Pour qui les sait cueillir tout a des dons secrets.
De partout sort un flot de sagesse abondante.
L’esprit qu’a déserté la passion grondante,
Médite à l’arbre mort, aux débris du vieux pont.
Tout objet dont le bois se compose répond
A quelque objet pareil dans la forêt de l’âme.
Un feu de pâtre éteint parle à l’amour en flamme.
Tout donne des conseils au penseur, jeune ou vieux.
On se pique aux chardons ainsi qu’aux envieux ;
La feuille invite à croître ; et l’onde, en coulant vite,
Avertit qu’on se hâte et que l’heure nous quitte.
Pour eux rien n’est muet, rien n’est froid, rien n’est mort.
Un peu de plume en sang leur éveille un remord ;
Les sources sont des pleurs ; la fleur qui boit aux fleuves,
Leur dit : Souvenez-vous, ô pauvres âmes veuves !
Pour eux l’antre profond cache un songe étoilé ;
Et la nuit, sous l’azur d’un beau ciel constellé,
L’arbre sur ses rameaux, comme à travers ses branches,
Leur montre l’astre d’or et les colombes blanches,
Choses douces aux cœurs par le malheur ployés,
Car l’oiseau dit : Aimez ! et l’étoile : Croyez !
Voilà ce que chez toi verse aux âmes souffrantes
La chaste obscurité des branches murmurantes !
Mais toi, qu’en fais tu ? dis. — Tous les ans, en flots d’or,
Ce murmure, cette ombre, ineffable trésor,
Ces bruits de vent qui joue et d’arbre qui tressaille,
Vont s’enfouir au fond de ton coffre qui bâille ;
Et tu changes ces bois où l’amour s’enivra,
Toute cette nature, en loge à l’opéra !
Encor si la musique arrivait à ton âme !
Mais entre l’art et toi l’or met son mur infâme.
L’esprit qui comprend l’art comprend le reste aussi.
Tu vas donc dormir là ! sans te douter qu’ainsi
Que tous ces verts trésors que dévore ta bourse,
Gluck est une forêt et Mozart une source.
Tu dors ; et quand parfois la mode, en souriant,
Te dit : Admire, riche ! alors, joyeux, criant,
Tu surgis, demandant comment l’auteur se nomme,
Pourvu que toutefois la muse soit un homme !
Car tu te roidiras dans ton étrange orgueil
Si l’on t’apporte, un soir, quelque musique en deuil,
Urne que la pensée a chauffée à sa flamme,
Beau vase où s’est versé tout le cœur d’une femme.
O seigneur malvenu de ce superbe lieu !
Caillou vil incrusté dans ces rubis en feu !
Maître pour qui ces champs sont pleins de sourdes haines !
Gui parasite enflé de la sève des chênes !
Pauvre riche ! — Vis donc, puisque cela pour toi
C’est vivre. Vis sans cœur, sans pensée et sans foi.
Vis pour l’or, chose vile, et l’orgueil, chose vaine.
Végète, toi qui n’as que du sang dans la veine,
Toi qui ne sens pas Dieu frémir dans le roseau,
Regarder dans l’aurore et chanter dans l’oiseau !
Car, — et bien que tu sois celui qui rit aux belles
Et, le soir, se récrie aux romances nouvelles, —
Dans les coteaux penchants où fument les hameaux,
Près des lacs, près des fleurs, sous les larges rameaux,
Dans tes propres jardins, tu vas aussi stupide,
Aussi peu clairvoyant dans ton instinct cupide,
Aussi sourd à la vie, à l’harmonie, aux voix,
Qu’un loup sauvage errant au milieu des grands bois !
22 mai 1837