, Ollendorf , 1912 , 24 ( p. 365 – 372 ). La ronde du abbat collection La fée et la péri Victor Hugo Ollendorf 1912 Pari C 24 La fée et la péri Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome I.djvu Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome I.djvu/7 365-372
BALLADE QUINZIÈME. LA FÉE ET LA PÉRI.
Leur ombre vagabonde, à traver le feuillage,
Frémira ; ur le vent ou ur quelque nuage,
Tu le verra decendre ; ou, du ein de la mer
S’élevant comme un onge, étinceler dan l’air ;
Et leur voix, toujour tendre et doucement plaintive,
Career en fuyant ton oreille attentive.
André Chénier.
Enfant ! i vou mouriez, gardez bien qu’un eprit
De la route de cieux ne détourne votre âme !
Voici ce qu’autrefoi un vieux age m’apprit : —
Quelque démon, auvé de l’éternelle flamme,
Rebelle moin perver que l’Archange procrit,
Sur la terre, où le feu, l’onde ou l’air le réclame,
Attendent, exilé, le jour de Jéu-Chrit.
Il en et qui, banni de célete phalange,
Ont de i douce voix qu’on le prend pour de ange.
Craignez-le : pour mille an exclu du paradi,
Il vou entraîneraient, enfant, au purgatoire ! —
Ne me demandez pa d’où me vient cette hitoire ;
No père l’ont contée ; et moi, je la redi.
II
la péri .
Où va-tu donc, jeune âme ?… Écoute !
Mon palai pour toi veut ’ouvrir.
Sui-moi, de cieux quitte la route ;
Héla ! tu t’y perdrai an doute,
Nouveau-né, qui vien de mourir !
Tu pourra jouer à toute heure
Dan me beaux jardin aux fruit d’or ;
Et de ma riante demeure
Tu verra ta mère qui pleure
Prè de ton berceau, tiède encor.
De Péri je ui la plu belle ;
Me œur règnent où naît le jour ;
Je brille en leur troupe immortelle,
Comme entre le fleur brille celle
Que l’on cueille en rêvant d’amour.
Mon front porte un turban de oie ;
Me bra de rubi ont couvert ;
Quand mon vol ardent e déploie,
L’aile de pourpre qui tournoie
Roule troi yeux de flamme ouvert.
Plu blanc qu’une lointaine voile,
Mon corp n’en a point la pâleur ;
En quelque lieu qu’il e dévoile,
Il l’éclaire comme une étoile,
Il l’embaume comme une fleur.
la fée.
Vien, bel enfant ! je ui la Fée.
Je règne aux bord où le oleil
Au ein de l’onde réchauffée
Se plonge, éclatant et vermeil.
Le peuple d’Occident m’adorent :
Le vapeur de leur ciel e dorent,
Lorque je pae en le touchant ;
Reine de ombre léthargique,
Je bâti me palai magique
Dan le nuage du couchant.
Mon aile bleue et diaphane ;
L’eaim de Sylphe enchanté
Croit voir ur mon do, quand je plane,
Frémir deux rayon argenté.
Ma main luit, roe et tranparente ;
Mon ouffle et la brie odorante
Qui, le oir, erre dan le champ ;
Ma chevelure et radieue,
Et ma bouche mélodieue
Mêle un ourire à tou e chant.
J’ai de grotte de coquillage ;
J’ai de tente de rameaux vert ;
C’et moi que bercent le feuillage,
Moi que berce le flot de mer.
Si tu me ui, ombre ingénue,
Je pui t’apprendre où va la nue,
Te montrer d’où viennent le eaux ;
Vien, oi ma compagne nouvelle,
Si tu veux que je te révèle
Ce que dit la voix de oieaux.
la péri .
Ma phère et l’Orient, région éclatante,
Où le oleil et beau comme un roi dan a tente !
Son dique ’y promène en un ciel toujour pur.
Aini, portant l’émir d’une riche contrée,
Aux on de la flûte acrée,
Vogue un navire d’or ur une mer d’azur.
Tou le don ont comblé la zone orientale.
Dan tout autre climat, par une loi fatale,
Prè de fruit avoureux croient le fruit amer ;
Mai Dieu, qui pour l’Aie a de yeux moin autère,
Y donne plu de fleur aux terre,
Plu d’étoile aux cieux, plu de perle aux mer.
Mon royaume ’étend depui ce catacombe
Qui paraient de mont et ne ont que de tombe,
Juqu’à ce mur qu’un peuple oe en vain aiéger,
Qui, tel qu’une ceinture où le Cathay repire,
Environnant tout un empire,
Garde dan l’univer comme un monde étranger.
J’ai de vate cité qu’en tou lieux on admire :
Lahore aux champ fleuri ; Golconde ; Cachemire ;
La guerrière Dama ; la royale Ipahan ;
Bagdad, que e rempart couvrent comme une armure ;
Alep, dont l’immene murmure
Semble au pâtre lointain le bruit d’un océan.
Myore et ur on trône une reine placée ;
Médine aux mille tour, d’aiguille hériée,
Avec e flèche d’or, e kioque brillant,
Et comme un bataillon, arrêté dan le plaine,
Qui, parmi e tente hautaine,
Élève une forêt de dard étincelant.
On dirait qu’au déert, Thèbe, debout encore,
Attend on peuple entier, abent depuis l’aurore.
Madras a deux cités dans ses larges contours.
Plus loin brille Delhy, la ville sans rivales,
Et sous ses portes triomphales
Douze éléphants de front passent avec leurs tours.
Bel enfant ! viens errer, parmi tant de merveilles,
Sur ces toits pleins de fleurs ainsi que des corbeilles,
Dans le camp vagabond des arabes ligués.
Viens ; nous verrons danser les jeunes bayadères,
Le soir, lorsque les dromadaires
Près du puits du désert s’arrêtent fatigués.
Là, sous de verts figuiers, sous d’épais sycomores,
Luit le dôme d’étain du minaret des maures ;
La pagode de nacre au toit rose et changeant ;
La tour de porcelaine aux clochettes dorées ;
Et, dans les jonques azurées,
Le palanquin de pourpre aux longs rideaux d’argent.
J’écarterai pour toi les rameaux du platane
Qui voile dans son bain la rêveuse sultane ;
Viens, nous rassurerons contre un ingrat oubli
La vierge qui, timide, ouvrant la nuit sa porte,
Écoute si le vent lui porte
La voix qu’elle préfère au chant du bengali.
L’Orient fut jadis le paradis du monde.
Un printemps éternel de ses roses l’inonde,
Et ce vaste hémisphère est un riant jardin.
Toujours autour de nous sourit la douce joie ;
Toi qui gémis, suis notre voie,
Que t’importe le ciel, quand je t’ouvre l’eden ?
la fée.
L’Occident nébuleux est ma patrie heureuse.
Là, variant dans l’air sa forme vaporeuse,
Fuit la blanche nuée, — et de loin, bien souvent,
Le mortel isolé qui, radieux ou sombre,
Poursuit un songe ou pleure une ombre,
Assis, la contemple en rêvant !
Car il est des douceurs pour les âmes blessées
Dans les brumes du lac sur nos bois balancées,
Dans nos monts où l’hiver semble à jamais s’asseoir,
Dans l’étoile, pareille à l’espoir solitaire,
Qui vient, quand le jour fuit la terre,
Mêler son orient au soir.
Nos cieux voilés plairont à ta douleur amère,
Enfant que Dieu retire et qui pleures ta mère !
Viens, l’écho des vallons, les soupirs du ruisseau,
Et la voix des forêts au bruit des vents unie,
Te rendront la vague harmonie
Qui t’endormait dans ton berceau.
Crains des bleus horizons le cercle monotone.
Les brouillards, les vapeurs, le nuage qui tonne,
Tempèrent le soleil dans nos cieux parvenu ;
Et l’œil voit au loin fuir leurs lignes nébuleuses,
Comme des flottes merveilleuses
Qui viennent d’un monde inconnu.
C’est pour moi que les vents font, sur nos mers bruyantes,
Tournoyer l’air et l’onde en trombes foudroyantes ;
La tempête à mes chants suspend son vol fatal ;
L’arc-en-ciel pour mes pieds, qu’un or fluide arrose,
Comme un pont de nacre, se pose
Sur les cascades de cristal.
Du moresque Alhambra j’ai les frêles portiques ;
J’ai la grotte enchantée aux piliers basaltiques,
Où la mer de Staffa brise un flot inégal ;
Et j’aide le pêcheur, roi des vagues brumeuses,
À bâtir ses huttes fumeuses
Sur les vieux palais de Fingal.
Épouvantant les nuits d’une trompeuse aurore,
Là, souvent à ma voix un rouge météore
Croise en voûte de feu ses gerbes dans les airs ;
Et le chasseur, debout sur la roche pendante,
Croit voir une comète ardente
Baignant ses flammes dans les mers.
Viens, jeune âme, avec moi, de mes sœurs obéie,
Peupler de gais follets la morose abbaye ;
Mes nains et mes géants te suivront à ma voix ;
Viens, troublant de ton cor les monts inaccessibles,
Guider ces meutes invisibles
Qui, la nuit, chassent dans nos bois.
Tu verras les barons, sous leurs tours féodales,
De l’humble pèlerin détachant les sandales ;
Et les sombres créneaux d’écussons décorés ;
Et la dame tout bas priant, pour un beau page,
Quelque mystérieuse image
Peinte sur des vitraux dorés.
C’est nous qui, visitant les gothiques églises.
Ouvrons leur nef sonore au murmure des brises ;
Quand la lune du tremble argente les rameaux,
Le pâtre voit dans l’air, avec des chants mystiques,
Folâtrer nos chœurs fantastiques
Autour du clocher des hameaux.
De quels enchantements l’Occident se décore ! —
Viens, le ciel est bien loin, ton aile est faible encore !
Oublie en notre empire un voyage fatal.
Un charme s’y révèle aux lieux les plus sauvages ;
Et l’étranger dit nos rivages
Plus doux que le pays natal !
Et l’enfant hésitait, et déjà moins rebelle
Écoutait des esprits l’appel fallacieux ;
La terre qu’il fuyait semblait pourtant si belle !
Soudain il disparut à leur vue infidèle…
Il avait entrevu les cieux !
Juillet 1824.