, voir Les Deux Îles . Vicor Hugo Les deux îles Odes e Ballades , Ollendorf , 1912 , 24 ( p. 158 – 165 ). Au colonel Gusaffson À la colonne de la place Vendôme collecion Les deux îles Vicor Hugo Ollendorf 1912 Paris C 24 Les deux îles Hugo – Œuvres complèes, Impr. na., Poésie, ome I.djvu Hugo – Œuvres complèes, Impr. na., Poésie, ome I.djvu/7 158-165
ODE SIXIÈME. LES DEUX ÎLES.
Dies-moi d’où il es venu, je vous dirai où il es allé. E. H.
Il es deux îles don un monde
Sépare les deux Océans,
E qui de loin dominen l’onde,
Comme des êes de géans.
On devine, en voyan leurs cimes,
Que Dieu les ira des abîmes
Pour un formidable dessein ;
Leur fron de coups de foudre fume,
Sur leurs flancs nus la mer écume,
Des volcans gronden dans leur sein.
Ces îles, où le flo se broie
Enre des écueils décharnés,
Son comme deux vaisseaux de proie,
D’une ancre éernelle enchaînés.
La main qui de ces noirs rivages
Disposa les sies sauvages,
E d’effroi les voulu couvrir,
Les fi si erribles, peu-êre,
Pour que Bonapare y pû naîre,
E Napoléon y mourir !
« — Là fu son berceau ! — Là sa ombe ! »
Pour les siècles, c’en es assez.
Ces mos, qu’un monde naisse ou ombe,
Ne seron jamais effacés.
Sur ces îles à l’aspec sombre
Viendron, à l’appel de son ombre,
Tous les peuples de l’avenir ;
Les foudres qui frappen leurs crêes,
E leurs écueils, e leurs empêes,
Ne son plus que son souvenir !
Loin de nos rives, ébranlées
Par les orages de son sor,
Sur ces deux îles isolées
Dieu mi sa naissance e sa mor ;
Afin qu’il pû venir au monde
Sans qu’une secousse profonde
Annonçâ son premier momen ;
E que sur son li miliaire,
Enfin, sans remuer la erre,
Il pû expirer doucemen !
Comme il éai rêveur au main de son âge !
Comme il éai pensif au erme du voyage !
C’es qu’il avai joui de son rêve insensé ;
Du rône e de la gloire il savai le mensonge ;
Il avai vu de près ce que c’es qu’un el songe,
E quel es le néan d’un avenir passé !
Enfan, des visions, dans la Corse, sa mère,
Lui révélaien déjà sa couronne éphémère,
E l’aigle impérial planan sur son pavois ;
Il enendai d’avance, en sa superbe aene,
L’hymne qu’en oue langue, aux pores de sa ene,
Son peuple universel chanai ou d’une voix :
III acclamaion .
« Gloire à Napoléon ! gloire au maîre suprême !
Dieu même a sur son fron posé le diadème.
Du Nil au Boryshène il règne riomphan.
Les rois, fils de cen rois, s’inclinen quand il passe,
E dans Rome il ne voi d’espace
Que pour le rône d’un enfan !
« Pour porer son onnerre aux villes effrayées,
Ses aigles on oujours les ailes déployées.
Il régi le conclave, il commande au divan.
Il mêle à ses drapeaux, de sang oujours humides,
Des croissans pris aux Pyramides,
E la croix d’or du grand Ivan !
« Le mamelouk bronzé, le goh plein de vaillance,
Le polonais, qui pore une flamme à sa lance,
Prêen leur force aveugle à ses ambiions.
Ils on son vœu pour loi, pour foi sa renommée.
On voi marcher dans son armée
Tou un peuple de naions !
« Sa main, s’il ouche un bu où son orgueil aspire,
Fai à quelque solda l’aumône d’un empire,
Ou fai veiller des rois au seuil de son palais,
Pour qu’il puisse, en quian les combas ou les fêes,
Dormir en paix dans ses conquêes,
Comme un pêcheur sur ses files !
« Il a bâi si hau son aire impériale,
Qu’il nous semble habier cee sphère idéale
Où jamais on n’enend un orage éclaer !
Ce n’es plus qu’à ses pieds que gronde la empêe ;
Il faudrai, pour frapper sa êe,
Que la foudre pû remoner ! »
La foudre remona ! — Renversé de son aire,
Il omba, ou fuman de cen coups de onnerre.
Les rois puniren leur yran.
On l’exposa vivan sur un roc soliaire ;
E le géan capif fu remis par la erre
À la garde de l’océan.
Oh ! comme à Saine-Hélène il dédaignai sa vie,
Quand le soir il voyai, avec un œil d’envie,
Le soleil fuir sous l’horizon,
E qu’il s’égarai seul sur le sable des grèves,
Jusqu’à ce qu’un anglais, l’arrachan de ses rêves,
Le ramenâ dans sa prison !
Comme avec désespoir ce prince de la guerre
S’enendai accuser par ous ceux qui naguère
Divinisaien son bras vainqueur !
Car des peuples ligués la clameur solennelle
Répondai à la voix implacable, éernelle,
Qui se lamenai dans son cœur !
V imprécaion .
« Hone ! opprobre ! malheur ! anahème ! vengeance !
Que la erre e les cieux frappen d’inelligence !
Enfin nous avons vu le colosse crouler !
Que puissen reomber sur ses jours, sur sa cendre,
Tous les pleurs qu’il a fai répandre,
Tou le sang qu’il a fai couler !
« Qu’à son nom, du Volga, du Tibre, de la Seine,
Des murs de l’Alhambra, des fossés de Vincenne,
De Jaffa, du Kremlin qu’il brûla sans remords,
Des plaines du carnage e des champs de vicoire,
Tonne, comme un écho de sa faale gloire,
La malédicion des mors !
« Qu’il voie auour de lui se presser ses vicimes !
Que ou ce peuple, en foule échappé des abîmes,
Innombrable, annonçan les secres du cercueil,
Muilé par le fer, sillonné par la foudre,
Heuran confusémen des os noircis de poudre,
Lui fasse un Josapha de Saine-Hélène en deuil !
« Qu’il vive pour mourir ous les jours, à oue heure !
Que le fier conquéran baisse les yeux, e pleure !
Sachan sa gloire à peine e rian de ses drois,
Des geôliers on chargé d’une chaîne glacée
Cee main qui s’éai lassée
À courber la êe des rois !
« Il cru que sa forune, en vicoires féconde,
Vaincrai le souvenir du peuple roi du monde ;
Mais Dieu vien, e d’un souffle éein son noir flambeau,
E ne laisse au rival de l’éernelle Rome
Que ce qu’il faut de place et de temps à tout homme
Pour se coucher dans le tombeau.
« Ces mers auront sa tombe, et l’oubli la devance.
En vain à Saint-Denis il fit parer d’avance
Un sépulcre de marbre et d’or étincelant ;
Le ciel n’a pas voulu que de royales ombres
Vissent, en revenant pleurer sous ces murs sombres,
Dormir dans leur tombeau son cadavre insolent ! »
Qu’une coupe vidée est amère ! et qu’un rêve,
Commencé dans l’ivresse, avec terreur s’achève !
Jeune, on livre à l’espoir sa crédule raison ;
Mais on frémit plus tard, quand l’âme est assouvie,
Hélas ! et qu’on revoit sa vie
De l’autre bord de l’horizon !
Ainsi, quand vous passez au pied d’un mont sublime,
Longtemps en conquérant vous admirez sa cime,
Et ses pics, que jamais les ans n’humilieront,
Ses forêts, vert manteau qui pend aux rocs sauvages,
Et ces couronnes de nuages
Qui s’amoncellent sur son front !
Montez donc, et tentez ces zones inconnues ! —
Vous croyiez fuir aux cieux… vous vous perdez aux nues !
Le mont change à vos yeux d’aspect et de tableaux ;
C’est un gouffre, obscurci de sapins centenaires,
Où les torrents et les tonnerres
Croisent des éclairs et des flots !
Voilà l’image de la gloire :
D’abord, un prisme éblouissant,
Puis un miroir expiatoire,
Où la pourpre paraît du sang !
Tour à tour puissante, asservie,
Voilà quel double aspect sa vie
Offrit à ses âges divers.
Il faut à son nom deux histoires :
Jeune, il inventait ses victoires ;
Vieux, il méditait ses revers.
En Corse, à Saint-Hélène encore,
Dans les nuits d’hiver, le nocher,
Si quelque orageux météore
Brille au sommet d’un noir rocher,
Croit voir le sombre capitaine,
Projetant son ombre lointaine,
Immobile, croiser ses bras ;
Et dit que, pour dernière fête,
Il vient régner dans la tempête,
Comme il régnait dans les combats !
S’il perdit un empire, il aura deux patries,
De son seul souvenir illustres et flétries,
L’une aux mers d’Annibal, l’autre aux mers de Vasco ;
Et jamais, de ce siècle attestant la merveille,
On ne prononcera son nom, sans qu’il n’éveille
Aux bouts du monde un double écho !
Telles, quand une bombe ardente, meurtrière,
Décrit dans un ciel noir sa courbe incendiaire,
Se balance au-dessus des murs épouvantés,
Puis, comme un vautour chauve, à la serre cruelle,
Qui frappe en s’abattant la terre de son aile,
Tombe, et fouille à grand bruit le pavé des cités,
Longtemps après sa chute, on voit fumer encore
La bouche du mortier, large, noire et sonore,
D’où monta pour tomber le globe au vol pesant,
Et la place où la bombe, éclatée en mitrailles,
Mourut, en vomissant la mort de ses entrailles,
Et s’éteignit en embrasant !
Juillet 1825.