, voir Ls Virgs d Vrdun . Victor Hugo Ls virgs d Vrdun Ods t Ballads , Ollndorf , 1912 , 24 ( p. 46 – 50 ). La Vndé Quibron collction Ls virgs d Vrdun Victor Hugo Ollndorf 1912 Paris C 24 Ls virgs d Vrdun Hugo – Œuvrs complèts, Impr. nat., Poési, tom I.djvu Hugo – Œuvrs complèts, Impr. nat., Poési, tom I.djvu/7 46-50
ODE TROISIÈME. LES VIERGES DE VERDUN.
Et ls virgs d la vallé d’Oahram vinrnt à moi, t lls m dirnt : Chant-nous, parc qu nous étions innocnts t fidèls.
L prêtr portra l’étol blanch t noir
Lorsqu ls saints flambaux pour vous s’allumront ;
Et, d lurs longs chvux voilant lurs fronts d’ivoir,
Ls juns fills plurront.
A. Guiraud [ 2 ] .
Pourquoi m’apportz-vous ma lyr,
Spctrs légrs ? — qu voulz-vous ?
Fantastiqus bautés, c lugubr sourir
M’annonc-t-il votr courroux ?
Sur vos écharps éclatants
Pourquoi flott à longs plis c crêp mnaçant ?
Pourquoi sur ds fstons cs chaîns insultants,
Et cs ross, tints d sang ?
Rtirz-vous : rntrz dans ls sombrs abîms…
Ah ! qu m montrz-vous ?… quls sont cs trois tombaux ?
Qul st c char affrux, surchargé d victims ?
Quls sont cs murtrirs, couvrts d’impurs lambaux ?
J’ntnds ds chants d mort ; j’ntnds ds cris d fêt.
Cachz-moi l char qui s’arrêt !…
Un fr lntmnt tomb à ms rgards troublés ; —
J’ai vu coulr du sang… Est-il bin vrai, parlz,
Qu’il ait rjailli sur ma têt ?
Vnz-vous dans mon âm évillr l rmord ?
C sang… j n’n suis point coupabl !
Fuyz, virgs ; fuyz, famill déplorabl :
Lorsqu vous n’étiz plus, j n’étais pas ncor.
Qu’xigz-vous d moi ? J’ai pluré vos misèrs ;
Dois-j donc xpir ls crims d ms pèrs ?
Pourquoi troublz-vous mon rpos ?
Pourquoi m’apportz-vous ma lyr frémissant ?
Dmandz-vous ds chants à ma voix innocnt,
Et ds rmords à vos bourraux ?
Sous ds murs ntourés d cohorts sanglants,
Siég l sombr tribunal.
L’accusatur s lèv, t ss lèvrs trmblants
S’agitnt d’un rir infrnal.
C’st Tinvill : on l voit, au nom d la patri,
Convir aux forfaits ctt hord flétri
D’assassins, jugs à lur tour ;
L bsoin du sang l tourmnt ;
Et sa voix homicid à la hach fumant
Désign ls têts du jour.
Il parl : ss licturs vrs l’ncint fatal
Traînnt ls malhurux qu sa furur signal ;
Ls ports dvant ux s’ouvrnt avc fracas ;
Et trois virgs, d grâc t d pudur parés,
D lurs compagns ntourés,
Paraissnt parmi ls soldats.
L puple, qui se tait, frémit de son silence ;
Il plaint son esclavage en plaignant leurs malheurs,
Et repose sur l’innocence
Ses regards las du crime et troublés par ses pleurs.
Eh quoi ! quand ces beautés, lâchement accusées,
Vers ces juges de mort s’avançaient dans les fers,
Ces murs n’ont pas, croulant sous leurs voûtes brisées,
Rendu les monstres aux enfers !
Que faisaient nos guerriers ?… Leur vaillance trompée
Prêtait au vil couteau le secours de l’épée ;
Ils sauvaient ces bourreaux qui souillaient leurs combats.
Hélas ! un même jour, jour d’opprobre et de gloire,
Voyait Moreau monter au char de la victoire,
Et son père au char du trépas !
Quand nos chefs, entourés des armes étrangères,
Couvrant nos cyprès de lauriers,
Vers Paris lentement reportaient leurs bannières,
Frédéric sur Verdun dirigeait ses guerriers.
Verdun, premier rempart de la France opprimée,
D’un roi libérateur crut saluer l’armée.
En vain tonnaient d’horribles lois ;
Verdun se revêtit de sa robe de fête,
Et, libre de ses fers, vint offrir sa conquête
Au monarque vengeur des rois.
Alors, vierges, vos mains (ce fut là votre crime !)
Des festons de la joie ornèrent les vainqueurs.
Ah ! pareilles à la victime,
La hache à vos regards se cachait sous des fleurs.
Ce n’est pas tout ; hélas ! sans chercher la vengeance,
Quand nos bannis, bravant la mort et l’indigence,
Combattaient nos tyrans encor mal affermis,
Vos nobles cœurs ont plaint de si nobles misères ;
Votre or a secouru ceux qui furent nos frères
Et n’étaient pas nos ennemis.
Quoi ! ce trait glorieux, qui trahit leur belle âme,
Sera donc l’arrêt de leur mort !
Mais non, l’accusateur, que leur aspect enflamme,
Tressaille d’un honteux transport.
Il veut, vierges, au prix d’un affreux sacrifice,
En taisant vos bienfaits, vous ravir au supplice ;
Il croit vos chastes cœurs par la crainte abattus.
Du mépris qui le couvre acceptez le partage,
Souillez-vous d’un forfait, l’infâme aréopage
Vous absoudra de vos vertus.
Répondez-moi, vierges timides ;
Qui, d’un si noble orgueil arma ces yeux si doux ?
Dites, qui fit rouler dans vos regards humides
Les pleurs généreux du courroux ?
Je le vois à votre courage :
Quand l’oppresseur qui vous outrage
N’eût pas offert la honte en offrant son bienfait,
Coupables de pitié pour des français fidèles,
Vous n’auriez pas voulu, devant des lois cruelles,
Nier un si noble forfait !
C’en est donc fait ; déjà sous la lugubre enceinte
À retenti l’arrêt dicté par la fureur.
Dans un muet murmure, étouffé par la crainte,
Le peuple, qui l’écoute, exhale son horreur.
Regagnez des cachots les sinistres demeures,
Ô vierges ! encor quelques heures…
Ah ! priez sans effroi, votre âme est sans remord.
Coupez ces longues chevelures,
Où la main d’une mère enlaçait des fleurs pures,
Sans voir qu’elle y mêlait les pavots de la mort !
Bientôt ces fleurs encor pareront votre tête ;
Les anges vous rendront ces symboles touchants ;
Votre hymne de trépas sera l’hymne de fête
Que les vierges du ciel rediront dans leurs chants.
Vous verrez près de vous, dans ces chœurs d’innocence,
Charlotte, autre Judith, qui vous vengea d’avance ;
Cazotte ; Élisabeth, si malheureuse en vain ;
Et Sombreuil, qui trahit par ses pâleurs soudaines
Le sang glacé des morts circulant dans ses veines ;
Martyres, dont l’encens plaît au Martyr divin !
Ici, devant mes yeux erraient des lueurs sombres ;
Des visions troublaient mes sens épouvantés ;
Les spectres sur mon front balançaient dans les ombres
De longs linceuls ensanglantés.
Les trois tombeaux, le char, les échafauds funèbres,
M’apparurent dans les ténèbres ;
Tout rentra dans la nuit des siècles révolus ;
Les vierges avaient fui vers la naissante aurore ;
Je me retrouvai seul, et je pleurais encor
Quand ma lyre ne chantait plus !
Octobre 1818.
↑ Nous publions toujours en tête l’épigraphe de l’édition originale. ( Note de l’éditeur )
↑ Cette épigraphe a remplacé, à partir de 1828, l’épigraphe de l’édition originale. ( Note de l’éditeur