‘HIVER [ modifier ]
N’attendez pas de moi que je vais vous donner
Des raisons contre Dieu que je vois rayonner;
a nuit meurt, l’hiver fuit; maintenant la lumière,
Dans les champs, dans les bois, est partout la première.
Je suis par le printemps vaguement attendri.
Avril est un enfant, frêle, charmant, fleuri;
Je sens devant l’enfance et devant le zéphyre
Je ne sais quel bèsoin de pleurer et de rire;
Mai complète ma joie et s’ajoute à mes pleurs.
Jeanne, George, accourez, puisque voilà des fleurs.
Accourez, la forêt chante, l’azur se dore,
Vous n’avez pas le.droit d’être absents de l’aurore.
Je suis un vieux songeur et j’ai besoin de vous,
Venez! je veux aimer, être juste, être doux,
Croire, remercier confusément les choses,
Vivre sans reprocher les épines aux roses,
Ètre enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.
O printemps! bois sacrés! ciel profondément bleu!
On sent un ,souffle d’air vivant qui vous pénètre,
Et l’ouverture au loin d’une blanche fenêtre;
On mêle sa pensée au clair-obscur des eaux;
On a le doux bonheur d’être avec les oiseaux,.
Et de voir, sous l’abri des branches printanières,
Ces messieurs faire avec ces dames des. manières
26 juin 1878.
Qu’es-tu, pèlerin? [ modifier ]
– Qu’es-tu, pèlerin? -Je me nomme
Celui qui pleure. -En vérité,
Viens avec nous. -Je suis un homme
Par une main d’ombre arrêté.
-Viens! -Non. -es ans t’ont fait débile.
Pourquoi, l’oeil ouvert à demi,
Restes-tu dans l’ombre, immobile?
– Une pierre me tient, ami.
– Ton âme de nuit est vêtue.
Seul, debout, n’as-tu pas l’effroi
D’un lent changement en statue?
– a terre sombre monte en moi.
– Que fais-tu là? Viens. e soir tombe,
e vent souffle en tes cheveux gris.
– J’attends que se rouvre une tombe
Où le bas de ma robe est pris.
26 août. Route d’Aix-la-Chapelle à Düren.
I e vieillard [ modifier ]
e vieillard chaque jour dans plus d’ombre s’éveille.
A chaque aube il est mort un peu plus que la veille.
a vie humaine, ce noeud vil,
Se défait lentement rongé par l’âme ailée;
Ce sombre oiseau lié veut prendre sa volée
Et casse chaque jour un fil.
Ô front blanc qu’envahit la grande nuit tombante,
Meurs! -Tour à tour sa voix, sa force succombante,
Son oeil où décroît l’horizon
S’éteignent, -ce sera mon destin et le vôtre! –
Comme on voit se fermer le soir l’une après l’autre
es fenêtres d’une maison.
II Tu rentreras comme Voltaire [ modifier ]
Tu rentreras comme Voltaire
Chargé d’ans, en ton grand Paris;
Des Jeux, des Grâces et des Ris
Tu seras l’hôte involontaire;
Tu seras le mourant aimé;
On murmurera dès l’aurore,
A ton seuil à demi fermé,
Déjà! mêlé de: Pas encore!
Tu seras marmot et barbon;
Tu goûteras la joie honnête
D’être si bon qu’on te croit bête
Et si bête qu’on te croit bon.