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Victor Hugo Guitare Les Rayons et les Ombres ,  Ollendorf ,  1909 ,  17 ( p.   606 – 608 ). ◄   À un poëte Autre guitare   ► collection Guitare Victor Hugo Ollendorf 1909 Paris C 17 Guitare Hugo – Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome II.djvu Hugo – Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome II.djvu/7 606-608  

XXII GUITARE.

Gastibelza, l’homme à la carabine,
 Chantait ainsi :
« Quelqu’un a-t-il connu doña Sabine ?
 Quelqu’un d’ici ?
Dansez, chantez, villageois ! la nuit gagne
Le mont Falù [ 1 ] .
— Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou !

« Quelqu’un de vous a-t-il connu Sabine,
 Ma señora ?
Sa mère était la vieille maugrabine
 D’Antequera,
Qui chaque nuit criait dans la Tour-Magne
 Comme un hibou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou !

« Dansez, chantez ! Des biens que l’heure envoie
 Il faut user.
Elle était jeune et son œil plein de joie
 Faisait penser. —
À ce vieillard qu’un enfant accompagne
 Jetez un sou !… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou.

« Vraiment, la reine eût près d’elle été laide
 Quand, vers le soir,


Elle passait sur le pont de Tolède
 En corset noir.
Un chapelet du temps de Charlemagne
 Ornait son cou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou.

« Le roi disait en la voyant si belle
 À son neveu :
— Pour un baiser, pour un sourire d’elle,
 Pour un cheveu,
Infant don Ruy, je donnerais l’Espagne
 Et le Pérou ! —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou.

« Je ne sais pas si j’aimais cette dame,
 Mais je sais bien
Que pour avoir un regard de son âme,
 Moi, pauvre chien,
J’aurais gaîment passé dix ans au bagne
 Sous le verrou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou.

« Un jour d’été que tout était lumière,
 Vie et douceur,
Elle s’en vint jouer dans la rivière
 Avec sa sœur,
Je vis le pied de sa jeune compagne
 Et son genou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou.

« Quand je voyais cette enfant, moi le pâtre
 De ce canton,
Je croyais voir la belle Cléopâtre,


 Qui, nous dit-on,
Menait César, empereur d’Allemagne,
 Par le licou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou.

« Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe !
 Sabine, un jour,
À tout vendu, sa beauté de colombe,
 Et son amour,
Pour l’anneau d’or du comte de Saldagne,
 Pour un bijou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou.

« Sur ce vieux banc souffrez que je m’appuie,
 Car je suis las.
Avec ce comte elle s’est donc enfuie !
 Enfuie, hélas !
Par le chemin qui va vers la Cerdagne,
 Je ne sais où… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 Me rendra fou.

« Je la voyais passer de ma demeure,
 Et c’était tout.
Mais à présent je m’ennuie à toute heure,
 Plein de dégoût,
Rêveur oisif, l’âme dans la campagne,
 La dague au clou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
 M’a rendu fou ! »

14 mars 1837.

↑ Le mont Falù . Prononcer mont Falou.

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