, voir Au Colonl G.-A. Gustaffson . Victor Hugo Au colonl Gustaffson Ods t Ballads , Ollndorf , 1912 , 24 ( p. 152 – 157 ). L sacr d Charls X Ls dux îls collction Au colonl Gustaffson Victor Hugo Ollndorf 1912 Paris C 24 Au colonl Gustaffson Hugo – Œuvrs complèts, Impr. nat., Poési, tom I.djvu Hugo – Œuvrs complèts, Impr. nat., Poési, tom I.djvu/7 152-157
ODE CINQUIÈME. AU COLONEL G.-A. GUSTAFFSON.
Qu’import ?… Si notr nom, prononcé dans la postérité, va fair battr un cœur générux dux mill ans après notr mort. Chataubriand .
Habt sua sidra tllus. Ancinn dvis.
C siècl, jun ncor, st déjà pour l’histoir
Prsqu un étrnité d malhurs t d gloir.
Tous cux qu’il a vus naîtr ont viilli dans vingt ans.
Il smbl, tant sa plac st vast n lur mémoir,
Qu’il n put achvr ss dstins éclatants
Sans frmr avc lui l grand crcl ds tmps.
Chz ds pupls famux, n ds jours qu’on rnomm,
Pour un siècl d gloir il suffisait d’un homm.
L nôtr a déjà vu passr bin ds flambaux !
Il put luttr sans craint avc Athèn t Rom :
Qu lui fait la grandur ds âgs ls plus baux ?
Il ls domin tous, rin qu par ss tombaux !
À pin il était né, qu d’Enghin sur la poudr
Mourut, sous un arrêt qu rin n put absoudr.
Il vit périr Morau ; Byron, nouvau Rhiga.
Il vit ds ciux vngés tombr avc sa foudr
Ct aigl dont l vol douz ans s fatigua
Du Cair au Capitol t du Tag au Volga !
— « Qu’import ? dit la foul. Ah ! laissons ls tmpêts
Naîtr, grossir, tonnr sur cs sublims têts ;
Pourvu qu chaqu jour amèn son fstin,
Qu toujours l solil rayonn pour nos fêts,
Et qu’on nous laiss n paix coulr notr dstin,
Oublir jusqu’au soir, dormir jusqu’au matin !
« Qu l crim s’élèv t qu l’innocnt tomb,
Qu’import ? — Ds héros sont morts ? paix à lur tomb !
Et nous-mêms… qui sait si dmain nous vivrons ?
Quand nous aurons attint l trm où tout succomb,
Nous dirons : L tmps pass ! t nous ignorrons
Quls vnts ont amné l’orag sur nos fronts. »
C n sont point là ts parols,
Toi dont nul n’a jamais douté,
Toi qui sans rlâch t’immols
Au cult d la Vérité !
Victim, t vngur ds victims,
Ton cœur aux dévoumnts sublims
S’offrit n tout tmps, n tout liu ;
Tout ta vi st un xmpl,
Et ta grand âm st comm un tmpl
D’où n sort qu la voix d’un Diu.
Il suffit d ton témoignag
Pour qu tout mortl, incliné,
Aill rndr un public hommag
À c qu’il avait profané.
Ta bouch, parill au tmps mêm,
N’a bsoin qu d’un mot suprêm
Pour récompnsr ou punir,
Et, parlant plus haut dans notr âg
Qu la flattri t l’outrag,
Dict l’histoir à l’avnir !
Puisqu’il n’st plus d’autrs miracls
Qu ls homms nés parmi nous,
Tu succèds aux viux oracls
Qu l’on écoutait à gnoux.
À ta voix, qui jug les races,
Nos demi-dieux changent de places,
Comme, à des chants mystérieux,
Quand la nuit déroulait ses voiles,
Jadis on voyait les étoiles
Descendre ou monter dans les cieux !
Pour mériter ce rang auguste
Aux vertus par le ciel offert,
Qui plus que lui fut noble et juste ?
Et qui, surtout, a plus souffert !
Cet homme a payé tant de gloire
Par des malheurs que la mémoire
Ne peut rappeler sans effroi ;
C’est un enfant des scandinaves ;
C’est Gustave, fils des Gustaves ;
C’est un exilé ; — c’est un roi !
Il avait un ami dans ses fraîches années,
Comme lui tout empreint du sceau des destinées.
C’est ce jeune d’Enghien qui fut assassiné !
Gustave à ce forfait se jeta sur ses armes ;
Mais, quand il vit l’Europe insensible à ses larmes,
Calme et stoïque, il dit : « Pourquoi donc suis-je né ?
« Puisque du meurtrier les nations vassales
Courbent leurs fronts tremblants sous ses mains colossales ;
Puisque sa volonté des princes est la loi ;
Puisqu’il est le soleil qui domine leur sphère ;
Sur un trône aujourd’hui je n’ai plus rien à faire,
Moi qui voudrais régner en roi ! »
Il céda. — Dieu montrait, par cet exemple insigne,
Qu’il refuse parfois la victoire au plus digne ;
Que plus tard, pour punir, il apparaît soudain ;
Qu’il fait seul ici-bas tomber ce qu’il élève ;
Et que, pour balancer Bonaparte et son glaive,
Il fallait déjà plus que le sceptre d’Odin !
Gustave, jeune encor, quitta le diadème,
Pour que rien ne manquât à sa grandeur suprême ;
Et, tant que de l’Europe, en proie aux longs revers,
Sous les pas du géant vacilla l’équilibre,
Plus haut que tous les rois il leva son front libre,
Échappé du trône et des fers !
Combien d’un tel exil diffère
Le malheur du tyran banni,
Lorsqu’au fond de l’autre hémisphère
Il tomba, confus et puni !
Quand sous la haine universelle
L’usurpateur enfin chancelle,
Dans sa chute il est insulté ;
En vain il lutte, opiniâtre,
Et de sa pourpre de théâtre
Rien ne reste à sa nudité !
Sa morne infortune est pareille
À la mer aux bords détestés,
Dont l’eau morte à jamais sommeille
Sur de fastueuses cités.
Ce lac, noir vengeur de leurs crimes,
Du ciel, qui maudit ses abîmes,
Ne peut réfléchir les tableaux ;
Et l’œil cherche en vain quelque dôme
De l’éblouissante Sodome,
Sous les ténèbres de ses flots.
Gustave ! âme forte et loyale !
Si parfois, d’un bras raffermi,
Tu reprends ta robe royale,
C’est pour couvrir quelque ennemi.
Dans ta retraite que j’envie,
Tu portes sur ta noble vie
Un souvenir calme et sans fiel ;
Reine, comme toi sans asile,
La Vertu, que la terre exile,
Dans ton grand cœur retrouve un ciel !
Ah ! laisse croître l’herbe en tes cours solitaires !
Que t’importe, au milieu de tes pensers austères,
Qu’on n’ose, de nos jours, saluer un héros ;
Et que, chez d’autres rois, puissants, heureux encore,
Une foule de chars ébranle dès l’aurore
Les grands pavés de marbre et l’azur des vitraux !
Tu règnes cependant ! tu règnes sur toute âme
Dont ce siècle glacé n’a pas éteint la flamme ;
Sur tout cœur né pour croire, aimer et secourir ;
Sur tous ces chevaliers que tant d’oubli protège,
Étranges courtisans dont le rare cortège
N’accourt au seuil des rois qu’à l’heure d’y mourir !
En tous lieux où la foi, l’honneur et le génie
Rendent un libre hommage à la vertu bannie,
Ton nom règne, entouré d’un éclat immortel.
Par un beau dévouement toute vie animée,
Toute gloire nouvelle, en notre âge allumée,
Est un flambeau de plus brûlant sur ton autel !
Ni maître ! ni sujet ! — Seul homme sur la terre
Qui d’un pouvoir humain ne soit pas tributaire,
Dieu seul sur tes destins a de suprêmes droits ;
Et, comme la comète aux clartés vagabondes
Marche libre à travers les soleils et les mondes,
Tu passes à côté des peuples et des rois !
30 septembre 1825.