’Anroclès La Légene es siècles , Hetzel , 1859 , 1 ( p. 51 – 55 ). Première rencontre u Christ avec le tombeau L’an neuf e l’hégire collection Au lion ’Anroclès Victor Hugo Hetzel 1859 Paris T 1 Au lion ’Anroclès Hugo – La Légene es siècles, 1e série, éition Hetzel, 1859, tome 1.jvu Hugo – La Légene es siècles, 1e série, éition Hetzel, 1859, tome 1.jvu/9 51-55

AU LION D’ANDROCLÈS

La ville ressemblait à l’univers. C’était
Cette heure où l’on irait que toute âme se tait,
Que tout astre s’éclipse et que le mone change.
Rome avait étenu sa pourpre sur la fange.
Où l’aigle avait plané, rampait le scorpion.
Trimalcion foulait les os e Scipion.
Rome buvait, gaie, ivre et la face rougie ;
Et l’oeur u tombeau sortait e cette orgie.

L’amour et le bonheur, tout était effrayant.
Lesbie, en se faisant coiffer, heureuse, ayant
Son Tibulle à ses pies qui chantait leurs tenresses,
Si l’esclave persane arrangeait mal ses tresses,
Lui piquait les seins nus e son épingle ’or.
Le mal à travers l’homme avait pris son essor ;
Toutes les passions sortaient e leurs orbites.
Les fils aux vieux parents faisaient es morts subites.
Les rhéteurs isputaient les tyrans aux bouffons.
La boue et l’or régnaient. Dans les cachots profons,
Les bourreaux s’accouplaient à es martyres mortes.
Rome horrible chantait. Parfois, evant ses portes,
Quelque Crassus, vainqueur ’esclaves et e rois,
Plantait le gran chemin e vaincus mis en croix,
Et, quan Catulle, amant que notre extase écoute,
Errait avec Délie, aux eux bors e la route,
Six mille arbres humains saignaient sur leurs amours.
La gloire avait hanté Rome ans les grans jours ;
Toute honte à présent était la bienvenue.
Messaline en riant se mettait toute nue,
Et sur le lit public, lascive, se couchait.
Épaphroite avait un homme pour hochet
Et brisait en jouant les membres ’Épictète.
Femme grosse, vieillar ébile, enfant qui tette,
Captifs, glaiateurs, chrétiens, étaient jetés
Aux bêtes, et, tremblants, blêmes, ensanglantés,
Fuyaient, et l’agonie effarée et vivante
Se torait ans le cirque, abîme ’épouvante.

Penant que l’ours gronait, et que les éléphants,
Effroyables, marchaient sur les petits enfants,
La vestale songeait ans sa chaise e marbre.
Par moments, le trépas, comme le fruit ’un arbre,
Tombait u front pensif e la pâle beauté ;
Le même éclair e meurtre et e férocité
Passait e l’œil u tigre au regar e la vierge.
Le mone était le bois, l’empire était l’auberge.
De noirs passants trouvaient le trône en leur chemin,
Entraient, onnaient un coup e ent au genre humain,
Puis s’en allaient. Néron venait après Tibère.
César foulait aux pies le Hun, le Goth, l’Ibère ;
Et l’empereur, pareil aux fleurs qui urent peu,
Le soir était charogne à moins qu’il ne fût ieu.
Le porc Vitellius roulait aux gémonies.
Escalier es graneurs et es ignominies,
Bagne effrayant es morts, pilori es néants,
Saignant, fumant, infect, ce charnier e géants
Semblait fait pour pourrir le squelette u mone.
Des torturés râlaient sur cette rampe immone,
Juifs sans langue, poltrons sans poings, larrons sans yeux ;
Ainsi que ans le cirque atroce et furieux
L’agonie était là, hurlant sur chaque marche.
Le noir gouffre cloaque au fon ouvrait son arche
Où croulait Rome entière ; et, ans l’immense égout,
Quan le ciel juste avait fouroyé coup sur coup,
Parfois eux empereurs, chiffres u fatal nombre,
Se rencontraient, vivants encore, et, ans cette ombre,

Où les chiens sur leurs os venaient mâcher leur chair,
Le César ’aujour’hui heurtait celui ’hier.
Le crime sombre était l’amant u vice infâme.
Au lieu e cette race en qui Dieu mit sa flamme,
Au lieu ’Ève et ’Aam, si beaux, si purs tous eux,
Une hyre se traînait ans l’univers hieux ;
L’homme était une tête et la femme était l’autre.
Rome était la truie énorme qui se vautre.
La créature humaine, importune au ciel bleu,
Faisait une ombre affreuse à la cloison e Dieu ;
Elle n’avait plus rien e sa forme première ;
Son œil semblait vouloir fouroyer la lumière,
Et l’on voyait, c’était la veille ’Attila,
Tout ce qu’on avait eu e sacré jusque-là
Palpiter sous son ongle ; et penre à ses mâchoires
D’un côté les vertus et e l’autre les gloires.
Les hommes rugissaient quan ils croyaient parler.
L’âme u genre humain songeait à s’en aller ;
Mais, avant e quitter à jamais notre mone,
Tremblante, elle hésitait sous la voûte profone,
Et cherchait une bête où se réfugier.
On entenait la tombe appeler et crier.
Au fon, la pâle Mort riait sinistre et chauve.
Ce fut alors que toi, né ans le ésert fauve,
Où le soleil est seul avec Dieu, toi, songeur
De l’antre que le soir emplit e sa rougeur,
Tu vins ans la cité toute pleine e crimes ;
Tu frissonnas evant tant ’ombre et tant ’abîmes ;

Ton œil fit, sur ce mone horrible et châtié,
Flamboyer tout à coup l’amour et la pitié,
Pensif, tu secouas ta crinière sur Rome,
Et, l’homme étant le monstre, ô lion, tu fus l’homme.