Dans ce poème

Aube

poème

Aube

AUBE – X

Un immense frisson émeut la plaine obscure.
C’est l’heure où Pythagore, Hésiode, Épicure,
Songeaient ; c’est l’heure où, las d’avoir, toute la nuit,
Contemplé l’azur sombre et l’étoile qui luit,
Pleins d’horreur, s’endormaient les pâtres de Chaldée.
Là-bas, la chute d’eau, de mille plis ridée,
Brille, comme dans l’ombre un manteau de satin ;
Sur l’horizon lugubre apparaît le matin,
Face rose qui rit avec des dents de perles ;
Le bœuf rêve et mugit, les bouvreuils et les merles
Et les geais querelleurs sifflent, et dans les bois
On entend s’éveiller confusément les voix ;
Les moutons hors de l’ombre, à travers les bourrées,
Font bondir au soleil leurs toisons éclairées ;

Et la jeune dormeuse, entr’ouvrant son œil noir,
Fraîche, et ses coudes blancs sortis hors du peignoir,
Cherche de son pied nu sa pantoufle chinoise.

Louange à Dieu ! toujours, après la nuit sournoise,
Agitant sur les monts la ronce et le genêt,
La nature superbe et tranquille renaît ;
L’aube éveille le nid à l’heure accoutumée,
Le chaume dresse au vent sa plume de fumée,
Le rayon, flèche d’or, perce l’âpre forêt ;
Et plutôt qu’arrêter le soleil, on ferait
Sensibles à l’honneur et pour le bien fougueuses
Les âmes de Baroche et de Troplong, ces gueuses !

Jersey, 28 avril 1853

NEWSLETTER

La poésie de Victor Hugo dans votre boîte aux lettres.
Recevez chaque jour de l’année un poème pour vous inspirer tout au long de votre journée.

suggestion

Recueils
recommandés

Tous les poèmes

dans