, voir Buonapart . Victor Hugo Buonapart Ods t Ballads , Ollndorf , 1912 , 24 ( p. 88 – 92 ). Vision À ms ods collction Buonapart Victor Hugo Ollndorf 1912 Paris C 24 Buonapart Hugo – Œuvrs complèts, Impr. nat., Poési, tom I.djvu Hugo – Œuvrs complèts, Impr. nat., Poési, tom I.djvu/7 88-92

ODE ONZIÈME. BUONAPARTE.

D Do .

Quand la trr ngloutit ls cités qui la couvrnt,
Qu l vnt sèm au loin un poison voyagur,
Quand l’ouragan mugit, quand ds monts brûlants s’ouvrnt,
 C’st l révil du Diu vngur.
Et si, lassant nfin ls clémncs célsts,
 L mond à cs signs funsts
 Os répondr n ls bravant,
Un homm alors, choisi par la main qui foudroi,
Ds avugls fléau rssaisissant la proi,
 Paraît, comm un fléau vivant !

Parfois, élus maudits d la furur suprêm,
Entr ls nations ds homms sont passés,
Triomphaturs longtmps armés d l’anathèm,
 Par l’anathèm rnvrsés.
D l’sprit d Nmrod héritirs formidabls,
 Ils ont sur ls pupls coupabls
 Régné par la flamm t l fr ;
Et dans lur gloir impi, n désastrs fécond,
Cs nvoyés du cil sont apparus au mond,
 Comm s’ils vnaint d l’nfr !

Naguèr, d lois affranchis,
Quand la rin ds nations
Dscndit d la monarchi,
Prostitué aux factions,
On vit, dans c chaos fétid,
Naîtr d l’hydr régicid
Un dspot, mprur d’un camp.
Tll souvnt la mr qui grond
Dévor un plain fécond
Et vomit un sombr volcan.

D’abord, troublant du Nil ls hauts catacombs,
Il vint, chf populair, y combattr n courant,
Comm pour insultr ds tyrans dans lurs tombs,
 Sous sa tnt d conquérant. —
Il rvint pour régnr sur ss compagnons d’arms.
 En vain l’august Franc n larms
 S promttait ds jours plus baux ;
Quand ds viux pharaons il foulait la couronn,
Sourd à tant d néant, c n’était qu’un grand trôn
 Qu’il rêvait sur lurs grands tombaux.

Un sang royal tignit sa pourpr usurpatric ;
Un gurrir fut frappé par c gurrir sans foi ;
L’anarchi, à Vincnn, admira son complic,
 Au Louvr ll adora son roi.
Il fallut prsqu un Diu pour consacrr ct homm.
 L Prêtr-Monarqu d Rom
 Vint bénir son front mnaçant ;
Car, sans dout n scrt ffrayé d lui-mêm,
Il voulait rcvoir son sanglant diadèm
 Ds mains d’où l pardon dscend.

Lorsqu’il veut, le Dieu secourable,
Qui livre au méchant les pervers,
Brise le jouet formidable
Dont il tourmentait l’univers.
Celui qu’un instant il seconde
Se dit le seul maître du monde ;
Fier, il s’endort dans son néant ;
Enfin, bravant la loi commune,
Quand il croit tenir sa fortune,
Le fantôme échappe au géant.
Dans la nuit des forfaits, dans l’éclat des victoires,
Cet homme, ignorant Dieu qui l’avait envoyé,
De cités en cités promenant ses prétoires,
 Marchait, sur sa gloire appuyé.
Sa dévorante armée avait, dans son passage,
 Asservi les fils de Pélage
 Devant les fils de Galgacus ;
Et, quand dans leurs foyers il ramenait ses braves,
Aux fêtes qu’il vouait à ces vainqueurs esclaves,
 Il invitait les rois vaincus !

Dix empires conquis devinrent ses provinces.
Il ne fut pas content dans son orgueil fatal.
Il ne voulait dormir qu’en une cour de princes,
 Sur un trône continental.
Ses aigles, qui volaient sous vingt cieux parsemées,
 Au nord, de ses longues armées
 Guidèrent l’immense appareil ;

Mais là parut l’écueil de sa course hardie,
Les peuples sommeillaient : un sanglant incendie
 Fut l’aurore du grand réveil.

Il tomba roi ; — puis, dans sa route,
Il voulut, fantôme ennemi,
Se relever, afin sans doute
De ne plus tomber à demi.
Alors, loin de sa tyrannie,
Pour qu’une effrayante harmonie
Frappât l’orgueil anéanti,
On jeta ce captif suprême
Sur un rocher, débris lui-même
De quelque ancien monde englouti.

Là, se refroidissant comme un torrent de lave,
Gardé par ses vaincus, chassé de l’univers,
Ce reste d’un tyran, en s’éveillant esclave,
 N’avait fait que changer de fers.
Des trônes restaurés écoutant la fanfare,
 Il brillait de loin comme un phare,
 Montrant l’écueil au nautonier.
Il mourut. — Quand ce bruit éclata dans nos villes,
Le monde respira dans les fureurs civiles,
 Délivré de son prisonnier.

Ainsi l’orgueil s’égare en sa marche éclatante,
Colosse né d’un souffle et qu’un regard abat.
Il fit du glaive un sceptre, et du trône une tente.
 Tout son règne fut un combat.
Du fléau qu’il portait lui-même tributaire,
 Il tremblait, prince de la terre ;
 Soldat, on vantait sa valeur.
Retombé dans son cœur comme dans un abîme,
Il passa par la gloire, il passa par le crime,
 Et n’est arrivé qu’au malheur.

Peuples, qui poursuivez d’hommages
Les victimes et les bourreaux,
Laissez-le fuir seul dans les âges ; —
Ce ne sont point là les héros.
Ces faux dieux, que leur siècle encense,
Dont l’avenir hait la puissance,
Vous trompent dans votre sommeil ;
Tels que ces nocturnes aurores
Où passent de grands météores,
Mais que ne suit pas le soleil.[4

Mars 1822.