, ver 1813 Le Rayon et le Ombre , Ollendorf , 1909 , 17 ( p. 590 – 596 ). Écrit ur la vitre d’une fenêtre flamande Au tatuaire David collection Ce qui e paait aux euillantine, ver 1813 Victor Hugo Ollendorf 1909 Pari C 17 Ce qui e paait aux Feuillantine, ver 1813 Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome II.djvu Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome II.djvu/7 590-596
Enfant, beaux front naïf penché autour de moi,
Bouche aux dent d’émail diant toujour : Pourquoi ?
Vou qui, m’interrogeant ur plu d’un grand problème,
Voulez de chaque choe, obcure pour moi-même,
Connaître le vrai en et le mot déciif,
Et qui touchez à tout dan mon eprit penif.
— Si bien que, vou parti, enfant, ouvent je pae
De heure, fort mauade, à remettre a leur place
Au fond de mon cerveau me plan, me viion,
Me ujet éternel de méditation,
Dieu, l’homme, l’avenir, la raion, la démence,
Me ytème, ta ombre, échafaudage immene,
Dérangé tout à coup, an tort de votre part,
Par une quetion d’enfant, faite au haard !
Puiqu’ enfin vou voilà ondant me detinée,
Et que vou me parlez de me jeune année,
De me premier intinct, de mon premier epoir,
Ecoutez, doux ami, qui voulez tout avoir l
J’eu dan ma blonde enfance, héla. trop éphémère,
Troi maître : — un jardin, un vieux prêtre et ma mère.
Le jardin était grand, profond, mytérieux,
Fermé par de haut mur aux regard curieux,
Semé de fleur ’ouvrant aini que le paupière,
Et d’inecte vermeil qui couraient ur le pierre ;
Plein de bourdonnement et de confue voix ;
Au milieu, preque un champ, dan le fond, preque un boi.
Le prêtre, tout nourri de Tacite et d’Homère,
Etait un doux vieillard. Ma mère – était ma mère !
Aini je grandiai ou ce triple rayon.
Un jour – Oh ! i Gautier me prêtait on crayon,
Je vou deinerai d’un trait une figure
Qui chez ma mère un jour entra, fâcheux augure.
Un docteur au front pauvre, au maintien olennel,
Et je verrai éclore à vo bouche an fiel,
Porte de votre cœur qu’aucun ouci ne mine,
Ce rire éblouiant qui parfoi m’illumine !
Lorque cet homme entra, je jouai au jardin,
Et rien qu’en le voyant je m’arrêtai oudain.
C’était le principal d’un collège quelconque.
Le triton que Coypel groupe autour d’une conque,
Le faune que Watteau dan le boi fourvoya,
Le orcier de Rembrandt, le gnome de Goya,
Le diable varié, vrai cauchemar de moine
Dont Callot en riant taquine aint Antoine.
Sont laid, mai ont charmant ; difforme, mai rempli
D’un feu qui de leur face anime tou le pli
Et parfoi dan leur yeux jette un éclair rapide.
— Notre homme était fort laid, mai il était tupide
Pardon, j’en parle encor comme un franc écolier
C’et mal. Ce que j’ai dit, tâchez de l’oublier ;
Car de votre âge heureux, qu’un pédant embarrae,
J’ai gardé la colère et j’ai perdu la grâce.
Cet homme chauve et noir, trè effrayant pour moi,
Et dont ma mère aui d’abord eut quelque effroi,
Tout en multipliant le humble attitude,
Apportait de avi et de ollicitude :
— Que l’enfant n’était pa dirigé ; — que parfoi
Il emportait on livre en rêvant dan le boi ;
Qu’il croiait au haard dan cette olitude.
Qu’on devait y onger ; que la évère étude,
Etait fille de l’ombre et de cloître profond ;
Qu’une lampe pendue à de ombre plafond,
Qui de cent écolier guide la plume agile,
Eclairait mieux Horace et Catulle et Virgile,
Et verait à l’eprit de rayon bien meilleur
Que le oleil qui joue à traver l’arbre en fleur ;
Et qu’enfin il fallait aux enfant, — loin de mère, –
Le joug, le dur travail et le larme amère.
Là-deu, le collège, aimable et triomphant,
Avec un doux ourire offrait au jeune enfant
Ivre de liberté, d’air, de joie et de roe,
Se banc de chêne noir, e long dortoir moroe,
Se alle qu’on verrouille et qu’à tou leur pilier
Sculpte avec un vieux clou l’ennui de écolier,
Se magiter qui font, parmi le paperae,
Manger l’heure du jeu par le penum vorace,
Et, an eau, an gazon, an arbre, an fruit mûr,
Sa grande cour pavée entre quatre grand mur.
L’homme congédié, de e dicour frappée,
Ma mère demeura trite et préoccupée.
Que faire ? que vouloir ? qui donc avait raion,
Ou le morne collège, ou l’heureue maion ?
Qui ait mieux de la vie accomplir l’œuvre autère,
L’écolier turbulent, ou l’enfant olitaire ?
Problème ! quetion ! elle héitait beaucoup.
L’affaire était bien grave. Humble femme aprè tout,
Ame par le detin, non par le livre faite,
De quel front repouer ce tragique prophète,
Au ton i magitral, aux gete i certain,
Qui lui parlait au nom de Grec et de Latin ?
Le prêtre était avant an doute ; mai, que ai-je ?
Apprend-on par le maître ou bien par le collège ?
Et pui enfin, — ouvent aini nou triomphon.-
L’homme le plu vulgaire a de grand mot profond :
—« Il et indispensable ! — il convient ! .- il importe ! »
Qui troublent quelquefoIs la femme la plus forte.
Pauvre mère ! lequel choisir des deux chemins ?
Tout le sort de son fils se pesait dans ses mains.
Tremblante, elle tenait cette lourde balance,
Et croyait bien la voir par moments en silence
Pencher vers le collège, hélas ! en opposant
Mon bonheur à venir à mon bonheur présent.
Elle songeait ainsi sans sommeil et sans trêve.
C’était l’été : Vers l’heure où la lune se lève,
Par un de ces beaux soirs qui ressemblent au jour
Avec moins de clarté, mais avec plus d’amour,
Dans son parc, où jouaient le rayon et la brise,
Elle errait, toujours triste et toujours indécise,
Questionnant tout bas l’eau, le ciel, la forêt,
Ecoutant au hasard les voix qu’elle entendrait.
C’est dans ces moments-là que le jardin paisible,
La broussaille où remue un insecte invisible,
Le scarabée ami des feuilles, le lézard
Courant au clair de lune au fond du vieux puisard.
La faïence à fleur bleue où vit la plante grasse,
Le dôme oriental du sombre Val-de-Grâce,
Le cloître du couvent, brisé, mais doux encor,
Les marronniers, la verte allée aux boutons-d’or,
La statue où sans bruit se meut l’ombre des branches,
Les pâles liserons, les pâquerettes blanches,
Les cent fleurs du buisson, de l’arbre, du roseau,
Qui rendent en parfums ses chansons à l’oiseau,
Se mirent dans la mare ou se cachent dans l’herbe,
Ou qui, de l’ébénier chargeant le front superbe,
Au bord des clairs étangs se mêlant au bouleau,
Tremblent en grappes d’or dans les moires de l’eau ;
Et le ciel scintillant derrière les ramées,
Et les toits répandant de charmantes fumées,
C’est dans ces moments-là, comme je vous le dis,
Que tout ce beau jardin, radieux paradis,
Tous ces vieux murs croulants, toutes ces jeunes roses,
Tous ces objets pensifs, toutes ces douces choses,
Parlèrent à ma mère avec l’onde et le vent,
Et lui dirent tout bas : — « Laisse-nous cet enfant !
« Laisse-nous cet enfant, pauvre mère troublée.
Cette prunelle ardente, ingénue, étoilée,
Cette tête au front pur qu’aucun deuil ne voila,
Cette âme neuve encor, mère, laisse-nous-la !
Ne va pas la jeter au hasard dans la foule.
La foule est un torrent qui brise ce qu’il roule.
Ainsi que les oiseaux les enfants ont leurs peurs.
Laisse à notre air limpide, à nos moites vapeurs,
A nos soupirs, légers comme l’aile d’un songe ;
Cette bouche où jamais n’a passé le mensonge,
Ce sourire naïf que sa candeur défend !
O mère au cœur profond, laisse-nous cet enfant !
Nous ne lui donnerons que de bonnes pensées ;
Nous changerons en jour ses lueurs commencées ;
Dieu deviendra visible à ses yeux enchantés ;
Car nous sommes les fleurs, les rameaux, les clartés,
Nous sommes la nature et la source éternelle
Où toute soif s’épanche, où se lave toute aile ;
Et les bois et les champs, du sage seul compris,
Font l’éducation de tous les grands esprits !
Laisse croître l’enfant parmi nos bruits sublimes.
Nous le pénétrerons de ces parfums intimes,
Nés du souffle céleste épars dans tout beau lieu,
Oui font sortir de l’homme et monter jusqu’à Dieu,
Comme le chant d’un luth, comme l’encens d’un vase,
L’espérance, l’amour, la prière, et l’extase !
Nous pencherons ses yeux vers l’ombre d’ici-bas,
Vers le secret de tout entr’ouvert sous ses pas.
D’enfant nous le ferons homme, et d’homme poète
Pour former de ses sens la corolle inquiète,
C’est nous qu’il faut choisir ; et nous lui montrerons
Comment, de l’aube au soir, du chêne aux moucherons,
Emplissant tout, reflets, couleurs, brumes, haleines,
La vie aux mille aspects rit dans les vertes plaines.
Nous te le rendrons simple et des cieux ébloui :
Et nous ferons germer de toutes parts en lui
Pour l’homme, triste effet perdu sous tant de causes,
Cette pitié qui naît du spectacle des choses.
Laissez-nous cet enfant ! nous lui ferons un cœur
Qui comprendra la femme ; un esprit non moqueur,
Où naîtront aisément le songe et la chimère,
Oui prendra Dieu pour livre et les champs pour grammaire
Une âme, pur foyer de secrètes faveurs,
Qui luira doucement sur tous les fronts rêveurs,
Et, comme le soleil dans les fleurs fécondées,
Jettera des rayons sur toutes les idées. »
Ainsi parlaient, à l’heure où la ville se tait,
L’astre, la plante et l’arbre, — et ma mère écoutait.
Enfants ! ont-ils tenu leur promesse sacrée ?
Je ne sais. Mais je sais que ma mère adorée
Les crut, et, m’épargnant d’ennuyeuses prisons,
Confia ma jeune âme à leurs douces leçons.
Dès lors, en attendant la nuit, heure où l’étude
Rappelait ma pensée à sa grave attitude,
Tout le jour, libre, heureux, seul sous le firmament,
Je pus errer à l’aise en ce jardin charmant.
Contemplant les fruits d’or, l’eau rapide ou stagnante,
L’étoile épanouie et la fleur rayonnante,
Et les prés et les bois, que mon esprit le soir
Revoyait dans Virgile ainsi qu’en un miroir.
Enfants ! aimez les champs, les vallons, les fontaines,
Les chemins que le soir emplit de voix lointaines,
Et l’onde et le sillon, flanc jamais assoupi,
Où germe la pensée à côté de l’épi.
Prenez-vous par la main et marchez dans les herbes ;
Regardez ceux qui vont liant les blondes gerbes ;
Epelez dans le ciel plein de lettres de feu,
Et, quand un oiseau chante, écoutez parler Dieu.
La vie avec le choc des passions contraires
Vous attend ; soyez bons, soyez vrais, soyez frères ;
Unis contre le monde où l’esprit se corrompt,
Lisez au même livre en vous touchant du front,
Et n’oubliez jamais que l’âme humble et choisie
Faite pour la lumière et pour la poésie,
Que les cœurs où Dieu met des échos sérieux
Pour tous les bruits qu’anime un sens mystérieux,
Dans un cri, dans un son, dans un vague murmure,
Entendent les conseils de toute la nature !
31 mai 1839.