’homme est à ’ange.
L’un est fait de spendeur ; ’autre est pétri de fange.
Toute étoie est soei ; tout astre est paradis.
Autour des gobes purs sont es mondes maudits ;
Et dans ’ombre, où ’esprit voit mieux que a unette,
Le soei paradis traîne ’enfer panète.
L’ange habitant de ’astre est faiibe ; et, séduit,
I peut devenir ’homme habitant de a nuit.
Voià ce que e vent m’a dit sur a montagne.

Tout gobe obscur gémit ; toute terre est un bagne
Où a vie en peurant, jusqu’au jour du révei,
Vient écrouer ’esprit qui tombe du soei.
Pus e gobe est ointain, pus e bagne est terribe.
La mort est à, vannant es âmes dans un cribe,
Qui juge, et, de a vie invisibe témoin,
Rapporte ’ange à ’astre ou le jette plus loin.

Ô globes sans rayons et presque sans aurores !
Énorme Jupiter fouetté de météores,
Mars qui semble de loin la bouche d’un volcan,
Ô nocturne Uranus, ô Saturne au carcan !
Châtiments inconnus ! rédemptions ! mystères !
Deuils ! ô lunes encor plus mortes que les terres !
Ils souffrent ; ils sont noirs ; et qui sait ce qu’ils font ?
L’ombre entend par moments leur cri rauque et profond,
Comme on entend, le soir, la plainte des cigales.
Mondes spectres, tirant des chaînes inégales,

Ils vont, blêmes, pareils au rêve qui s’enfuit.
Rougis confusément d’un reflet dans la nuit,
Implorant un messie, espérant des apôtres,
Seuls, séparés, les uns en arrière des autres,
Tristes, échevelés par des souffles hagards,
Jetant à la clarté de farouches regards,
Ceux-ci, vagues, roulant dans les profondeurs mornes,
Ceux-là, presque engloutis dans l’infini sans bornes,
Ténébreux, frissonnants, froids, glacés, pluvieux,
Autour du paradis ils tournent envieux ;
Et, du soleil, parmi les brumes et les ombres,
On voit passer au loin toutes ces faces sombres.

Novembre 1840.