’enfant La Légende des sièces , Camann-Lévy , 1877 , 2 ( p. 335 – 338 ). Petit Pau Question sociae coection Fonction de ’enfant Victor Hugo Camann-Lévy 1877 Paris C 2 Fonction de ’enfant Hugo – La Légende des sièces, 2e série, édition Hetze, 1877, tome 2.djvu Hugo – La Légende des sièces, 2e série, édition Hetze, 1877, tome 2.djvu/9 335-338

Les hommes ont a force, et tout devant eux croue ;
Is sont e peupe, is sont ‘armée, is sont a foue ;
Is ont aux yeux a famme, is ont au poing e fer ;
Is font es dieux ; is sont es dieux ; is sont ‘enfer ;
Is sont ‘ombre et a guerre ; on es entend bruire,
Rugir et triompher ; is peuvent tout détruire,

Et, pus hauts et pus sourds que e sphinx nubien,
Fouer aux pieds e vrai, e faux, e ma, e bien,
Les uns au nom des droits, d’autres au nom des bibes ;
Is sont victorieux, formidabes, terribes ;
Mais es petits enfants viennent à eur secours.

L’enfant ne suit pas ‘homme, ayant es pas trop courts,
Heureusement ; i rit quand nous peurons, i peure
Quand nous rions ; son aie en trembant nous effeure,
Et rien qu’en nous touchant nous transforme, et, sans bruit,
Met du jour dans nos cœurs peins d’orage et de nuit.
Notre hautaine voix n’est qu’un cairon superbe ;
C’est dans a bouche rose et tendre qu’est e verbe ;
Ee seue peut vaincre, avertir, consoer ;
Dans ‘enfant qui bégaie on entend Dieu parer ;
L’enfant parfois défend son père, et, dans a vie
Frémissante de haine et de guerre civie,
I e sauve ; et e peupe, apaisé, rayonnant,
Dit : Leque doit a vie à ‘autre maintenant ?

I suffit quequefois de ce doux petit être,
Pus brave qu’un sodat et pus pensif qu’un prêtre,
Pour raumer soudain, sous son vo d’acyon,
Dans une popuace un cœur de nation,
Pour que a mutitude aveuge ait des prunees,
Pour qu’on voie accourir des sphères éternees

La raison, a pitié, ‘amour, a vérité,
Et pour que, sur es fots d’un noir peupe irrité,
La Justice, euménide effrayante et sans voie,
Se dresse, ayant au front e pardon, cette étoie !
I arrive parfois, dans es temps convusifs,
Quand tout un peupe écume et bat les durs récifs,
Qu’un enfant brusquement, dans cette haine amère,
Blond, pâle, accourt, surgit, voit son père ou sa mère,
Fait un pas, pousse un cri, tend les bras, et, soudain,
Vainqueurs pleins de courroux, vaincus pleins de dédain,
Hésitent, sont hagards, comprennent qu’ils se trompent,
Sentent une secousse obscure, et s’interrompent,
Les vainqueurs de tuer, les vaincus de mourir ;
Cette fragilité, faite pour tout souffrir,
Vient nous protéger tous, eux, dans leur ombre noire,
Contre leur chute, et nous contre notre victoire ;
Les hommes stupéfaits sont bons ; l’enfant le veut.
Sainte intervention ! Cette tête s’émeut
Au moindre vent, elle est frissonnante, elle tremble ;
Cette joue est vermeille et délicate ; il semble
Que des souffles d’avril elle attend le baiser,
Un papillon viendrait sur ce front se poser ;
C’est charmant ; tout à coup cela devient auguste
Et terrible ; arrêtez ! l’innocent, c’est le juste !
Éblouissement ! l’ombre est vaincue ; on dirait
Qu’au ciel une nuée entr’ouverte apparaît
Et jette sur la terre une lueur énorme ;
Tout s’éclaire ; le bien, le vrai, reprend sa forme ;

Et les cœurs terrassés sentent subitement
Se calmer ce qui mord, se taire ce qui ment,
Et s’effacer la haine et la nuit se dissoudre.

On croit voir une fleur d’où sort un coup de foudre.