, pourquoi, dan l’inondable
 Au mur d’airain,
Dan l’obcurité formidable
 Du ciel erein,

Pourquoi, dan ce grand anctuaire
 Sourd et béni,
Pourquoi, ou l’immene uaire
 De l’infini,

Enfouir vo loi éternelle
 Et vo clarté ?
Vou avez bien que j’ai de aile,
 Ô vérité !

Pourquoi vou cachez-vou dan l’ombre
 Qui nou confond ?
Pourquoi fuyez-vou l’homme ombre
 Au vol profond ?

Que le mal détruie ou bâtie,
 Rampe ou oit roi,
Tu ai bien que j’irai, jutice,
 J’irai ver toi !

Beauté ainte, Idéal qui germe
 Chez le ouffrant,
Toi par qui le eprit ont ferme
 Et le cœur grand,

Vou le avez, vou que j’adore,
 Amour, raion,
Qui vou levez comme l’aurore
 Sur l’horizon,

Foi, ceinte d’un cercle d’étoile,
 Droit, bien de tou,
J’irai, liberté qui te voile,
 J’irai ver vou !

Vou avez beau, an fin, an borne,
 Lueur de Dieu,
Habiter la profondeur morne
 Du gouffre bleu,

Âme à l’abîme habituée
 Dè le berceau,
Je n’ai pa peur de la nuée ;
 Je ui oieau.

Je ui oiseau comme cet être
 Qu’Amos rêvait,
Que saint-Marc voyait apparaître
 À son chevet,

Qui mêlait sur sa tête fière,
 Dans les rayons,
L’aile de l’aigle à la crinière
 Des grands lions.

J’ai des ailes. J’aspire au faîte ;
 Mon vol est sûr ;
J’ai des ailes pour la tempête
 Et pour l’azur.

Je gravis les marches sans nombre.
 Je veux savoir,
Quand la science serait sombre
 Comme le soir !

Vous savez bien que l’âme affronte
 Ce noir degré,
Et que, si haut qu’il faut qu’on monte,
 J’y monterai !

Vous savez bien que l’âme est forte
 Et ne craint rien
Quand le souffle de Dieu l’emporte !
 Vous savez bien

Que j’irai jusqu’aux bleus pilastres,
 Et que mon pas,
Sur l’échelle qui monte aux astres,
 Ne tremble pas !

L’homme en cette époque agitée,
 Sombre océan,
Doit faire comme Prométhée
 Et comme Adam.

Il doit ravir au ciel austère
 L’éternel feu ;
Conquérir son propre mystère,
 Et voler Dieu.

L’homme a besoin, dans sa chaumière,
 Des vents battu,
D’une loi qui soit sa lumière
 Et sa vertu.

Toujours ignorance et misère !
 L’homme en vain fuit,
Le sort le tient ; toujours la serre !
 Toujours la nuit !

Il faut que le peuple s’arrache
 Au dur décret,
Et qu’enfin ce grand martyr sache
 Le grand secret.

Déjà l’amour, dans l’ère obscure
 Qui va finir,
Dessine la vague figure
 De l’avenir.

Les lois de nos destins sur terre,
 Dieu les écrit ;
Et, si ces lois sont le mystère,
 Je suis l’esprit.

Je suis celui que rien n’arrête,
 Celui qui va,
Celui dont l’âme est toujours prête
 À Jéhovah ;

Je suis le poëte farouche,
 L’homme devoir,
Le souffle des douleurs, la bouche
 Du clairon noir ;

Le rêveur qui sur ses registres
 Met les vivants,
Qui mêle des strophes sinistres
 Aux quatre vents ;

Le songeur ailé, l’âpre athlète
 Au bras nerveux,
Et je traînerais la comète
 Par les cheveux.

Donc, les lois de notre problème,
 Je les aurai ;
J’irai vers elles, penseur blême,
 Mage effaré !

Pourquoi cacher ces lois profondes ?
 Rien n’est muré.
Dans vos flammes et dans vos ondes
 Je passerai ;

J’irai lire la grande bible ;
 J’entrerai nu
Jusqu’au tabernacle terrible
 De l’inconnu,

Jusqu’au seuil de l’ombre et du vide,
 Gouffres ouverts
Que garde la meute livide
 Des noirs éclairs,

Jusqu’aux portes visionnaires
 Du ciel sacré ;
Et, si vous aboyez, tonnerres,
 Je rugirai.

Au dolmen de Rozel, janvier 1853.