, scheik de l’Islam et de la loi nouvelle
Que Mahomet ajoute à ce qu’Issa évèle,
Machant, puis s’aêtant, et su son long bâton,
Pa moments, comme un pâte, appuyant son menton,
Eait pès de Djeddah la sainte, su la gève
De la me Rouge, où Dieu luit comme au fond d’un êve,
Dans le déset jadis noi de l’ombe des cieux,
Où Moïse voilé passait mystéieux.
Tout en machant ainsi, plein d’une gave idée,
Pa-dessus le déset, l’Égypte et la Judée,
À Pathmos, au penchant d’un mont, chauve sommet,
Il vit Jean qui, couché su le sable, domait.
Ca saint Jean n’est pas mot, l’effayant solitaie ;
Dieu le tient en éseve ; il este su la tee
Ainsi qu’Énoch le Juste, et, comme il est écit,
Ainsi qu’Élie, afin de vaince l’Antéchist.
Jean domait ; ces egads étaient femés qui vient
Les océans du songe où les astes chavient ;
L’obscu sommeil couvait cet œil illuminé,
Le seul chez les vivants auquel il fut donné
De egade, pa l’âpe ouvetue du gouffe,
Les anges nois vêtus de cuiasses de soufe,
Et de voi les Babels penche, et les Sions
Tombe, et s’écoule les blêmes visions,
Et les eligions ie postituées,
Et des noms de blasphème ee dans les nuées.
Jean domait, et sa tête était nue au soleil.
Ome, le puissant pête, aux pophètes paeil,
Apeçut, tout aupès de la me Rouge, à l’ombe
D’un santon, un vieux cède au gand feuillage sombe
Coissant dans un oche qui bodait le chemin ;
Scheik Ome étendit à l’hoizon sa main
Ves le nod habité pa les aigles apaces,
Et, montant au vieux cède, au delà des espaces,
La me Égée, et Jean endomi dans Pathmos,
Il poussa du doigt l’abe et pononça ces mots :
« Va, cède ! va couvi de ton ombe cet homme. »
Le blanc specte de sel qui egade Sodome
N’est pas plus immobile au bod du lac ame
Que ne le fut le cède à qui palait Ome ;
Plus étif que l’onage à la voix de son maîte,
L’abe n’agita pas une banche.
L’abe n’agita pas une banche. Le pête
Dit : « Va donc ! » et fappa l’arbre de son bâton.
Le cèdre, enraciné sous le mur du santon,
N’eut pas même un frisson et demeura paisible.
Le scheik alors tourna ses yeux vers l’invisible,
Fit trois pas, puis, ouvrant sa droite et la levant :
« Va ! cria-t-il, va, cèdre, au nom du Dieu vivant !
— Que n’as-tu prononcé ce nom plus tôt ? » dit l’arbre.
Et, frissonnant, brisant le dur rocher de marbre,
Dressant ses bras ainsi qu’un vaisseau ses agrès,
Fendant la vieille terre aïeule des forêts,
Le grand cèdre, arrachant aux profondes crevasses
Son tronc et sa racine et ses ongles vivaces,
S’envola comme un sombre et formidable oiseau.
Il passa le mont Gour posé comme un boisseau
Sur la rouge lueur des forgerons d’Érèbe ;
Laissa derrière lui Gophna, Jéricho, Thèbe,
L’Égypte aux dieux sans nombre, informe panthéon,
Le Nil, fleuve d’Éden, qu’Adam nommait Gehon,
Le champ de Galgala plein de couteaux de pierre,
Ur, d’où vint Abraham, Bethsad, où naquit Pierre,
Et, quittant le désert d’où sortent les fléaux,
Traversa Chanaan d’Arphac à Borcéos ;
Là, retrouvant la mer, vaste, obscure, sublime,
Il plongea dans la nue énorme de l’abîme,
Et, franchissant les flots, sombre gouffre ennemi,
Vint s’abattre à Pathmos près de Jean endormi.
Jean, s’étant réveillé, vit l’arbre, et le prophète
Songea, surpris d’avoir de l’ombre sur sa tête ;
Puis il dit, redoutable en sa sérénité :
« Arbre, que fais-tu là ? Pourquoi t’es-tu hâté
De sourdre, de germer, de grandir dans une heure ?
Pourquoi donner de l’ombre au roc où je demeure ?
L’ordre éternel n’a point de ces rapidités ;
Jéhovah, dont les yeux s’ouvrent de tous côtés,
Veut que l’œuvre soit lente, et que l’arbre se fonde
Sur un pied fort, scellé dans l’argile profonde ;
Pendant qu’un arbre naît, bien des hommes mourront ;
La pluie est sa servante, et, par le bois du tronc,
La racine aux rameaux frissonnants distribue
L’eau qui se change en séve aussitôt qu’elle est bue.
Dieu le nourrit de terre, et, l’en rassasiant,
Veut que l’arbre soit dur, solide et patient,
Pour qu’il brave, à travers sa rude carapace,
Les coups de fouet du vent tumultueux qui passe,
Pour qu’il porte le temps comme l’âne son bât,
Et qu’on puisse compter, quand la hache l’abat,
Les ans de sa durée aux anneaux de sa séve ;
Un cèdre n’est pas fait pour croître comme un rêve ;
Ce que l’heure a construit, l’instant peut le briser. »
Le cèdre répondit : « Jean, pourquoi m’accuser ?
Jean, si je suis ici, c’est par l’ordre d’un homme. »
Et Jean, fauve songeur qu’en frémissant on nomme,
Reprit : « Quel est cet homme à qui tout se soumet ? »
L’arbre dit : « C’est Omer, prêtre de Mahomet.
J’étais près de Djeddah depuis des ans sans nombre ;
Il m’a dit de venir te couvrir de mon ombre. »
Alors Jean, oublié par Dieu chez les vivants,
Se tourna vers le sud et cria dans les vents
Par-dessus le rivage austère de son île :
« Nouveaux venus, laissez la nature tranquille. »