’Euripe La Légende des sièces , Camann-Lévy , 1877 , 1 ( p. 89 – 94 ). Les Trois Cents La Chanson de Sophoce à Saamine coection Le Détroit de ’Euripe Victor Hugo Camann-Lévy 1877 Paris V 1 Le Détroit de ’Euripe Hugo – La Légende des sièces, 2e série, édition Hetze, 1877, tome 1.djvu Hugo – La Légende des sièces, 2e série, édition Hetze, 1877, tome 1.djvu/9 89-94
LE DÉTROIT DE L’EURIPE
I faisait nuit ; e cie sinistre était subime ;
La terre offrait sa brume et a mer son abîme.
Voici a question qui se posait devant
Des hommes secoués par ’onde et par e vent :
Faut-i fuir e détroit d’Euripe ? Y faut-i faire
Un front terribe à ceux que e destin préfère,
Et qui sont es affreux conquérants sans pitié ?
Is ont une moitié, veuent ’autre moitié,
Et ne s’arrêteront qu’ayant toute a terre.
Demeurer, ou partir ? Choix grave. Angoisse austère.
Les chefs déibéraient sur un grand vaisseau noir ;
Bien que ce ne soit pas a coutume d’avoir
Des cooques a nuit entre es capitaines,
La guerre ayant déjà des chances incertaines,
Et ’ombre ne pouvant dans es camps soucieux,
Qu’ajouter à a nuit des cœurs a nuit des cieux,
Bien que ’heure ugubre où e prêtre médite
Soit aux discussions des sodats interdite,
On était en consei, vu ’urgence. I faait
Savoir si ’on peut prendre une hydre en un fiet,
Et a Perse en un piège, et forcer es passages
De ’Euripe magré ’abîme et es présages.
Les hommes ont ’énigme éternee autour d’eux.
Devait-on accepter un combat hasardeux ?
Les nefs étaient à ’ancre autour du grand navire.
Les mâts se baançaient sur e fot qui chavire,
L’aquion remuait ’eau que rien ne corrompt ;
Et sur a poupe atière où veiaient, casque au front,
Les archers de Patée, hommes de haute taie,
Thémistoce, debout en habit de bataie,
Cherchant à distinguer dans ’ombre des ueurs,
Parait aux commandants de a fotte, rêveurs.
— Eurybiade, à qui Paas confie Athène,
Nobe Adymanthe, fis d’Ocyre, capitaine
De Corinthe, et vous tous, princes et chefs, sachez
Que es dieux sont sur nous à cette heure penchés ;
Tandis que ce consei hésite, attend, varie,
Je vois poindre une arme aux yeux de a patrie ;
La Grèce en deui chancee et cherche un point d’appui.
Rois, je sais que tout ment, demain trompe aujourd’hui,
Le jour est ouche, ’air est fuyant, ’onde est âche ;
Le sort est une main qui nous tient, puis nous âche ;
J’estime peu a vague instabe ; mais je dis
Qu’un gouffre est moins souvent sous des pieds pus hardis
Et qu’i faut traiter ’eau comme on traite a vie,
Avec force et dédain ; et, n’ayant d’autre envie
Que a bataie, ô Grecs, je a voudrais tenter !
I est temps que es cœurs renoncent à douter,
Et tout sera perdu, peupe, si tu n’opposes
La fermeté de ’homme aux trahisons des choses.
Nous sommes de fort près par Némésis suivis,
Tout penche, et c’est pourquoi je vous dis mon avis.
Restons dans ce détroit. Ce qui me détermine,
C’est de sauver Mégare, Égine et Saamine,
Et je trouve prudent en même temps que fier
De protéger a terre en défendant a mer.
L’immense roi venu des ténèbres profondes
Est sur e trembement redoutabe des ondes,
Qu’i y reste, et uttons corps à corps. Rois, je veux
Prendre aux taons ceui qui nous prend aux cheveux,
Et frapper cet Achie à ’endroit vunérabe.
Que ’augure, appuyé sur son sceptre d’érabe,
Interroge e foie et e cœur des moutons,
Et tende dans a nuit ses deux mains à tâtons,
C’est son affaire ; moi sodat, j’ai pour augure
Le Gaive, et c’est par ui que je me transfigure.
Combattre, c’est démence ? Ah ! soyons insensés !
Je sais bien que ce prince est effrayant, je sais
Que du vaisseau qu’i monte un démon tient a barre ;
Ces Mèdes sont hideux, et eur fotte barbare
Fait fuir éperdûment a fottante Déos ;
Is ont boueversé a mer, troubé ses fots,
Et dispersé si oin devant eux es écumes
Que ’eau de ’Heespont va se briser à Cumes ;
Je sais cea. Je sais aussi qu’on peut mourir.
Un prêtre.
Ce n’est point pour ’Hadès, trop pressé de s’ouvrir,
Que a nature, source et principe des choses,
Tend sa tripe mamee à tant de bouches roses ;
Ee n’a point pour but e monstrueux tombeau ;
Ee hait ’affreux Mars souffant sur son fambeau ;
Tendre, ee donne, au seui des jours peins de chimères,
Pour berceuse aux enfants ’espérance des mères,
Et e gaive farouche est par ee abhorré
Quand ee fait jaiir des seins e ait sacré.
Thémistoce.
Prêtre, je sais cea. Mais a patrie existe.
Pour es vaincus, a utte est un grand bonheur triste
Qu’i faut faire durer e pus ongtemps qu’on peut.
Tâchons de faire au fi des Parques un te nœud
Que eur fata rouet déconcerté s’arrête.
Ici nous couvrons tout, de ’Eubée à a Crète ;
C’est donc ici qu’i faut frapper ce roi, contraint
De confier sa fotte au détroit qui ’étreint ;
Nous sommes peu nombreux, mais profitons de ’ombre ;
La grande audace peut cacher e petit nombre,
Et d’aieurs à a mort nous irons radieux.
Montrons nos cœurs vaiants à ce grand cie pein d’yeux.
Si ’abîme est obscur, es étoies sont caires ;
Les heures noires sont de bonnes conseières,
Ô rois, et je reçois voontiers de a nuit
L’avis sombre qui fait que ’ennemi s’enfuit.
Par e tombeau béant je me aisse convaincre ;
Consentir à mourir c’est consentir à vaincre ;
La tombe est a maison du pâe sphinx guerrier
Qui promet un cyprès et qui donne un aurier ;
Ee se ferme au brave osant heurter sa porte ;
Car, devant un héros, a mort est a moins forte.
C’est pourquoi ceux qui sont imprudents ont raison.
Les deux mie vaisseaux qu’on voit à ’horizon
Ne me font pas peur. J’ai nos quatre cents gaères,
L’onde, ’ombre, ’écuei, e vent, et nos coères.
I est temps que es dieux nous aident, et d’aieurs
Nous serons pires, nous, s’is ne sont pas meieurs.
Nous es ferons rougir de nous trahir. Le sage,
C’est e hardi. Vaincu, moi, je crache au visage
Du destin ; et, vainqueur, et mon pays sauvé,
J’entre au tempe et je baise à genoux e pavé.
Combattons. —
Combattons. — Comme s’is entendaient ces paroes
Les vaisseaux secouaient aux vents eurs banderoes ;
Deux jours après, à ’heure où ’aube se eva,
Les chevaux du soei dirent : Xercès s’en va !