! qui pourrait vous atteindre,
Vous qui domptez la mort en affrontant ses coups ?
Lorsqu’en vous admirant la foule ose vous plaindre
 Je vous suis de mes pleurs jalou.
Infortuné ! jamais, victime volontaire,
 Je n’irai, pour sauver la terre,
 Braver un fléau dévorant,
Ni, calmant par mes soins ses douleurs meurtrières,
Mêler ma plainte amie et mes saintes prières
 Au soupirs impurs d’un mourant !

Hélas ! ne puis-je aussi m’immoler pour mes frères ?
N’est-il plus d’opprimés ? n’est-il plus de bourreau ?
Sur quel noble échafaud, dans quels murs funéraires
 Chercher le trépas des héros ?
Oui, que brisant mon corps, la torture sanglante,
 Sur la croi, à ma soif brûlante
 Offre le breuvage de fiel,
Fier et content, Seigneur, je dirai vos louanges ;
Car l’ange du martyre est le plus beau des anges
 Qui portent les âmes au ciel !

Décembre 1821.