, Ollendorf , 1912 , 24 ( p. 276 – 279 ). Aux ruine de Montfort-L’Amaury Promenade collection Le voyage Victor Hugo Ollendorf 1912 Pari C 24 Le voyage Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome I.djvu Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome I.djvu/7 276-279
ODE DIX-NEUVIÈME. LE VOYAGE.
… Je veux que mon retour
Te paraie bien long. Je veux que nuit et jour
Tu m’aime. — Nuit et jour, héla ! je me tourmente ! —
Préente au milieu d’eux, oi eule, oi abente.
Dor en penant à moi, rêve-moi prè de toi,
Ne voi que moi an cee, et oi toute avec moi !
André Chénier .
Le cheval fait onner on harnoi qu’il ecoue,
Et l’éclair du pavé va jaillir ou la roue ;
Il faut partir, adieu ! De ton cœur inquiet
Chae la crainte amère ; adieu ! point de faiblee !
Mai quoi ! le char ’ébranle et m’emporte, et te laie…
Héla ! j’ai cru qu’il t’oubliait !
Oh ! ui-le bien longtemp d’une oreille attentive !
Ne t’en va pa avant d’avoir, trite et penive,
Écouté de courier ’évanouir le bruit !
L’un à l’autre déjà l’epace nou dérobe ;
Je ne voi plu de loin flotter ta blanche robe,
Et toi, tu n’entend plu rouler le char qui fuit !…
Quoi ! plu même un vain bruit ! plu même une vaine ombre !
L’abence a ur mon âme étendu a nuit ombre ;
C’en et fait, chaque pa m’y plonge plu avant ;
Et dan cet autre enfer, plein de douleur amère,
De tourment inené, d’angoie, de chimère,
Me voilà decendu vivant !
Que faire maintenant de toute me penée,
De mon front, qui dormait dan te main enlacée,
De tout ce que j’entend, de tout ce que je voi ?
Que faire de me maux, an toi plein d’amertume,
De me yeux dont la flamme à te regard ’allume,
De ma voix qui ne ait parler qu’aprè ta voix ?
Et mon œil tour à tour, ditrait, uit dan l’epace
Chaque arbre du chemin qui paraît et qui pae,
Le boi vert, le flot d’or de la jaune moion,
Et le mont, et du oir l’étincelante étoile,
Et le clocher aigu, et le ville que voile
Un dai de brume à l’horizon !
Qu’importent le boi vert, la moion, la colline,
Et l’atre qui e lève et l’atre qui décline,
Et la plaine et le mont, i tu ne le voi pa !
Que me font ce châteaux, ruine féodale,
Si leur donjon mouu n’entend point ur e dalle
Te pa léger courir à côté de me pa ?
Aini donc aujourd’hui, demain, aprè encore,
Il faudra voir an toi naître et mourir l’aurore,
San toi ! an ton ourire et ton regard joyeux !
San t’entendre marcher prè de moi quand je rêve ;
San que ta douce main, quand mon front e oulève,
Se poe en jouant ur me yeux !
Pourtant, il faut encore, à tant d’ennui en proie,
Dan me lettre du oir t’envoyer quelque joie,
Dire : Conole-toi, le calme m’et rendu ; —
Quand je crain chaque intant qui loin de toi ’écoule,
Et qu’inventant de maux qui t’aiégent en foule,
Chaque heure et ur ma tête un glaive upendu !
Que fai-tu maintenant ? Prè du foyer an doute
La carte et déployée, et ton œil uit ma route ;
Tu di : « Où peut-il être ? Ah ! qu’il trouve en tou lieux
De tendre oin, un cœur qui l’etime et qui l’aime,
Et quelque bonne hôtee, ayant, comme moi-même,
Un être cher ou d’autre cieux !
« Comme il ’éloigne vite, héla ! J’en ui certaine,
Il a déjà franchi cette ville lointaine,
Ce forêt, ce vieux pont d’un grand exploit témoin ;
Peut-être en ce moment il roule en ce vallée,
Par une croix initre aux paant ignalée,
Où l’an dernier… — Pourvu qu’il soit déjà plus loin ! »
Et mon père, essuyant une larme qui brille,
T’invite en souriant à sourire à ta fille :
« Rassurez-vous ! bientôt nous le reverrons tous.
Il rit, il est tranquille, il visite à cette heure
De quelque vieux héros la tombe ou la demeure ;
Il prie à quelque autel pour vous.
« Car, vous le savez bien, ma fille, il aime encore
Ces créneaux, ces portails qu’un art naïf décore ;
Il nous a dit souvent, assis à vos côtés,
L’ogive chez les goths de l’Orient venue,
Et la flèche romane aiguisant dans la nue
Ses huit angles de pierre en écailles sculptés ! »
Et puis le vétéran, à ta douleur trompée,
Conte sa vie errante, et nos grands coups d’épée,
Et quelque ancien combat du Tage ou du Tésin,
Et l’empereur, du siècle imposante merveille, —
Tout en baissant sa voix, de peur qu’elle n’éveille
Ton enfant qui dort sur ton sein.
5-9 octobre 1825.