, Ollendorf , 1912 , 24 ( p. 326 – 329 ). La mêlée Écoute-moi, Madeleine collection Le deux archer Victor Hugo Ollendorf 1912 Pari C 24 Le deux archer Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome I.djvu Hugo – Œuvre complète, Impr. nat., Poéie, tome I.djvu/7 326-329
À M. LOUIS BOULANGER.
BALLADE HUITIÈME. LES DEUX ARCHERS.
Dame, oyez un conte lamentable. Baïf.
Écoutez l’étrange aventure… Émile Dechamp.
Un feu vengeur ’alluma au milieu de rebelle,
La flamme dévora le impie.
Genèe.
C’était l’intant funèbre où la nuit et i ombre,
Qu’on tremble à chaque pa de réveiller dan l’ombre
Un démon, ivre encor du banquet de abbat ;
Le moment où, liant à peine a prière,
Le voyageur e hâte à traver la clairière ;
C’était l’heure où l’on parle ba.
Deux franc archer paaient au fond de la vallée,
Là-ba ! où vou voyez une tour iolée,
Qui, lorqu’en Paletine allaient mourir no roi,
Fut bâtie en troi nuit, au dire de no père,
Par un ermite aint qui remuait le pierre
Avec le igne de la croix.
Tou deux, an craindre l’heure, en ce lieu taciturne,
Allumèrent un feu pour leur repa nocturne ;
Pui il vinrent ’aeoir, en dépoant leur cor,
Sur un aint de granit, dont l’image groière,
Le main jointe, le front couché dan la pouière,
Avait l’air de prier encor.
Cependant ur la tour, le mont, le boi antique,
L’ardent foyer jetait de clarté fantatique ;
Le hiboux ’effrayaient au fond de vieux manoir ;
Et le chauve-ouri, que tout abbat réclame,
Volaient, et par moment épouvantaient la flamme
De leur grande aile aux ongle noir.
Le plu vieux de archer alor dit au plu jeune :
— Porte-tu le cilice ? — Oberve-tu le jeûne ?
Reprit l’autre ; et leur rire accompagna leur voix.
D’autre rire de loin tout à coup ’entendirent.
Le val était déert, l’ombre épaie ; il e dirent :
— C’et l’écho qui rit dan le boi.
Soudain à leur regard une lueur rampante
En bleuâtre illon ur la hauteur erpente ;
Le deux blaphémateur, héla ! an ’effrayer,
Jetèrent au braier d’autre branche de chêne,
Diant : — C’et, au miroir de cacade prochaine,
Le reflet de notre foyer.
Or cet écho (d’effroi qu’ici chacun ’incline)
C’était Satan riant tout haut ur la colline !
Ce reflet, émané du corp de Lucifer,
C’était le pâle jour qu’il traîne en no ténèbre,
Le rayon ulfureux qu’en de onge funèbre
Il nou apporte de l’enfer !
Aux profane éclat de leur coupable joie,
Il était accouru comme un loup ver a proie ;
Sur le archer dan l’ombre erraient e yeux ardent.
« Riez et blaphémez dan vo heure oiive.
Moi, je ferai paer vo bouche convulive
Du rire au grincement de dent ! »
*
À l’aube du matin, un peu de cendre éteinte
D’un pied large et fourchu portait l’étrange empreinte.
Le val fut tout le jour déert, ilencieux.
Mai, au lieu du foyer, à minuit même, un pâtre
Vit oudain apparaître une flamme bleuâtre
Qui ne montait pa ver le cieux.
Dè qu’au ol attachée elle rampa livide,
De long rire, oudain éclatant dan le vide.
Glacèrent le berger d’un grand effroi aii.
Il ne vit point Satan et ceux de l’autre monde,
Et ne put concevoir, dan a terreur profonde,
Ce qu’il ouffraient pour rire aini !
Dè lor, toute le nuit, aux mont, aux boi antique,
L’ardent foyer jeta e clarté fantatique ;
De rire effrayaient le hiboux de manoir ;
Et le chauve-ouri, que tout abbat réclame,
Volaient, et par moment épouvantaient la flamme
De leur grande aile aux ongle noir.
Rien, avant le rayon de l’aube matinale,
Enfant, rien n’éteignait cette flamme infernale.
Si l’orage, à grand flot tombant, grondait dan l’air,
Le rire éclataient aui haut que la foudre,
La flamme en tournoyant ’élançait de la poudre,
Comme pour ’unir à l’éclair.
Mai enfin une nuit, vêtu du capulaire,
Se leva du vieux aint le marbre éculaire ;
Il fit troi pa, armé de on rameau bénit ;
De l’effrayant prodige effrayant exorcite,
De e lèvre de pierre il dit : « Que Dieu m’aite ! »
En ouvrant e bra de granit !
Alor tout ’éteignit, flamme, rire, phophore,
Tout ! et le lendemain, on trouva dè l’aurore
Le deux gen d’arme mort ur la tatue ai ;
On le enevelit ; et, uivant a promee,
Le eigneur du hameau, pour fonder une mee,
Légua troi denier parii.
*
Si quelque eneignement e cache en cette hitoire,
Qu’importe ! il ne faut pa la juger, mai la croire.
La croire ! Qu’ai-je dit ? ce temp ont loin de nou !
Ce n’et plu qu’à demi qu’on e livre aux croyance.
Nul, dan notre âge aveugle et vain de e cience,
Ne ait plier le deux genoux !
Juillet 1825.