’Inde, tombeaux ! Les Rayons et es Ombres , Oendorf , 1909 , 17 ( p. 580 – 581 ). À Laure, duchesse d’A. Dans e cimetière de *** coection Puits de ’Inde, tombeaux ! Victor Hugo Oendorf 1909 Paris C 17 Puits de ’Inde, tombeaux ! Hugo – Œuvres compètes, Impr. nat., Poésie, tome II.djvu Hugo – Œuvres compètes, Impr. nat., Poésie, tome II.djvu/7 580-581
Puits de ’Inde ! tombeaux ! monuments consteés !
Vous dont ’intérieur n’offre aux regards troubés
Qu’un amas tournoyant de marches et de rampes,
Froids cachots, corridors où rayonnent des ampes,
Poutres où ’araignée a tendu ses ongs fis,
Bocs ébauchant partout de sinistres profis,
Toits de granit, troués comme une frêe toie,
Par où ’œi voit brier queque profonde étoie,
Et des chaos de murs, de chambres, de paiers,
Où s’écroue au hasard un gouffre d’escaiers !
Cryptes qui rempissez d’horreur reigieuse
Votre voûte sans fin, morne et prodigieuse !
Cavernes où ’esprit n’ose aer trop avant !
Devant vos profondeurs j’ai pâi bien souvent
Comme sur un abîme ou sur une fournaise,
Effrayantes Babes que rêvait Piranèse !
Entrez si vous ’osez !
Sur e pavé dormant
Les ombres des arceaux se croisent tristement ;
La dae par endroits, piant sous es décombres,
S’entr’ouvre pour aisser passer des degrés sombres
Qui fouient, vis de pierre, un souterrain sans fond ;
D’autres montent à-haut et crèvent e pafond.
Où vont-is ? Dieu e sait. Du creux d’une arche vide
Une eau qui tombe envoie une ueur ivide.
Une voûte au front vert s’égoutte dans un puits,
Dans ’ombre un ourd monceau de roches sans appuis
S’arrête retenu par des ronces grimpantes ;
Une corde qui pend d’un amas de charpentes
S’offre, mystérieuse, à a main du passant.
Dans un caveau, penché sur un ivre, et isant,
Un vieiard surhumain, sous e roc qui surpombe,
Sembe vivre oubié par a mort dans sa tombe.
Des sphinx, des bœufs d’airain, sur ’étrave accroupis,
Ont fait des chapiteaux aux piiers décrépits ;
L’aspic à ’œi de braise, agitant ses paupières,
Passe sa tête pate aux crevasses des pierres.
Tout chancee et féchit sous es toits entr’ouverts.
Le mur suinte, et ’on voit fourmier à travers
De grands feuiages roux, sortant d’entre es marbres,
Des monstres qu’on prendrait pour des racines d’arbres.
Partout, sur es parois du morne monument,
Queque chose d’affreux rampe confusément ;
Et ceui qui parcourt ce dédae difforme,
Comme s’i était pris par un poype énorme,
Sur son front effaré, sous son pied hasardeux,
Sent vivre et remuer ’édifice hideux !
Aux heures où ’esprit, dont ’œi partout se pose,
Cherche à voir dans a nuit e fond de toute chose,
Dans ces ieux effrayants mon regard se perdit.
Bien souvent je es ai contempés, et j’ai dit :
— Ô rêves de granit ! grottes visionnaires !
Cryptes ! paais ! tombeaux, peins de vagues tonnerres !
Vous êtes moins brumeux, moins noirs, moins ignorés,
Vous êtes moins profonds et moins désespérés
Que e destin, cet antre habité par nos craintes,
Où ’âme entend, perdue, en d’affreux abyrinthes,
Au fond, à travers ’ombre, avec mie bruits sourds,
Dans un gouffre inconnu tomber e fot des jours ! —
14 avri 1839