, liberté ! o, peuple, il e faut pas qu’il meure !
Oh ! certes, ce serait trop simple, e vérité,
Qu’après avoir brisé les lois, et soé l’heure
Où la saite pudeur au ciel a remoté ;

Qu’après avoir gagé sa saglate gageure,
Et vaicu par l’embûche et le glaive, et le feu ;
Qu’après so guet-apes, ses meurtres, so parjure,
So faux sermet, soufflet sur la face de Dieu ;

Qu’après avoir traîé la Frace, au cœur frappée,
Et par les pieds liée, à so immode char,

Cet ifâme e fût quitte avec u coup d’épée
Au cou comme Pompée, au flac comme César !

No ! il est l’assassi qui rôde das les plaies.
Il a tué, sabré, mitraillé sas remords,
Il fit la maiso vide, il fit les tombes pleies,
Il marche, il va, suivi par l’œil fixe des morts ;

À cause de cet homme, empereur éphémère,
Le fils ’a plus de père et l’efat plus d’espoir,
La veuve à geoux pleure et saglote, et la mère
N’est plus qu’u spectre assis sous u log voile oir ;

Pour filer ses habits royaux, sur les avettes
O met du fil trempé das le sag qui coula ;
Le boulevard Motmartre a fouri ses cuvettes,
Et l’o teit so mateau das cette pourpre-là.

Il vous jette à Cayee, à l’Afrique, aux seties,
Martyrs, héros d’hier et forçats d’aujourd’hui !
Le couteau ruisselat des rouges guilloties
Laisse tomber le sag goutte à goutte sur lui ;

Lorsque la trahiso, sa complice livide,
Viet et frappe à sa porte, il fait sige d’ouvrir ;
Il est le fratricide ! il est le parricide ! –
Peuples, c’est pour cela qu’il e doit pas mourir !

Gardos l’homme vivat. Oh ! châtimet superbe !
Oh ! s’il pouvait u jour passer par le chemi,

Nu, courbé, frissoat, comme au vet tremble l’herbe,
Sous l’exécratio de tout le gere humai !

Étreit par so passé tout rempli de ses crimes,
Comme par u carca tout hérissé de clous,
Cherchat les lieux profods, les forêts, les abîmes,
Pâle, horrible, effaré, recou par les loups ;

Das quelque bage vil ’etedat que sa chaîe,
Seul, toujours seul, parlat e vai aux rochers sourds,
Voyat autour de lui le silece et la haie,
Des hommes ulle part et des spectres toujours ;

Vieillissat, rejeté par la mort comme idige,
Tremblat sous la uit oire, affreux sous le ciel bleu… —
Peuples, écartez-vous ! cet homme porte u sige ;
Laissez passer Caï ! il appartiet à Dieu.

Jersey, 14 ovembre 1852.