poème

XV

À mes amis

Et in Arcadiâ ego !

Oh ! combien est heureux celui qui, solitaire,
Ne va point mendiant de ce sot populaire
L’appui ni la faveur ; qui, paisible, s’étant
Retiré de la cour et du monde inconstant,
Ne s’entremêlant point des affaires publiques,
Ne s’assujettissant aux plaisirs tyranniques
D’un seigneur ignorant et ne vivant qu’à soi,
Est lui-même sa cour, son seigneur et son roi !
Jean de la Taille

Sans monter au char de victoire,
Meurt le poëte créateur :
Son siècle est trop près de sa gloire
Pour en mesurer la hauteur.
C’est Bélisaire au Capitole :
La foule court à quelque idole,
Et jette en passant une obole
Au mendiant triomphateur.

Amis, dans ma douce retraite
À tous vos maux je dis adieu.
Là, ma vie est molle et secrète.
J’ai des autels pour chaque dieu.
Le myrte, qu’au laurier j’enchaîne,
Y croît sous l’ombrage du chêne ;

J’y mets Horace avec Mécène,
Et Corneille sans Richelieu.

Là, dans l’ombre descend ma muse
À l’œil fier, aux traits ingénus,
Image éclatante et confuse
Des anges à l’homme inconnus.
Ses rayons cherchent le mystère ;
Son aile, chaste et solitaire,
Jamais ne permet à la terre
D’effleurer ses pieds blancs et nus.

Là, je cache un hymen prospère ;
Et sur mon seuil hospitalier
Parfois tu t’assieds, ô mon père !
Comme un antique chevalier ;
Ma famille est ton humble empire ;
Et mon fils, avec un sourire,
Dort aux sons de ma jeune lyre,
Bercé dans ton vieux bouclier.

Août 1823.

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L’enfant, c’est un feu pur dont la chaleur caresse ; c’est de la gaîté sainte et du bonheur sacré.