Mes amis, qui veut de la joie ?
Moi, toi, vous. Eh bien, donnons tous.
Donnons aux pauvres à genoux ;
Le soir, de peur qu’on ne nous voie.
Le pauvre, en pleurs sur le chemin,
Nu sur son grabat misérable,
Affamé, tremblant, incurable,
Est l’essayeur du cœur humain.
Qui le repousse en est plus morne ;
Qui l’assiste s’en va content.
Ce vieux homme humble et grelottant,
Ce spectre du coin de la borne,
Cet infirme aux pas alourdis,
Peut faire, en notre âme troublée,
Descendre la joie étoilée
Des profondeurs du paradis.
Êtes-vous sombre ? Oui, vous l’êtes ;
Eh bien, donnez ; donnez encor.
Riche, en échange d’un peu d’or
Ou d’un peu d’argent que tu jettes,
Indifférent, parfois moqueur,
A l’indigent dans sa chaumière,
Dieu te donne de la lumière
Dont tu peux te remplir le cœur !
Prêtres, vous complotez de nous sauver, à l’aide
Des ténèbres, qui sont en effet le remède
Contre l’astre et le jour ;
Vous faites l’homme libre au moyen d’une chaîne ;
Vous avez découvert cette vertu, la haine,
Le crime étant l’amour.
Vous êtes l’innombrable attaquant le sublime ;
L’esprit humain, colosse, a pour tête la cime
Des hautes vérités ;
Fatalement ce front qui se dresse dans l’ombre
Attire à sa clarté le fourmillement sombre
Des dogmes irrités.
En vain le grand lion rugit, gronde, extermine ;