poème

XLII

Pensées de nuit

L’ombre ici-bas la moins transparente, c’est l’âme.

L’homme est l’énigme étrange et triste de la femme,
Et la femme est le sphinx de l’homme. Sombre loi !
Personne ne connaît mon gouffre, excepté moi.
Et moi-même, ai-je été jusqu’au fond ? Mon abîme
Est sinistre, surtout par le côté sublime ;
Et l’hydre est là, tenant mon âme, et la mordant.
Toutes nos passions sont des bêtes rôdant
Dans la lividité des blêmes crépuscules.
L’homme le plus semblable aux antiques Hercules,
Égal par sa stature aux noirs événements,
Qui dompte la fortune en ses poings incléments,
Et fait au sort jaloux l’effet d’un belluaire,
Cet homme, s’il rencontre une femme, veut plaire,
Tombe à genoux, adore et tremble, et ce vainqueur
Du destin est toujours le vaincu de son cœur.

Tout nous ment ! l’âtre est noir, la patrie est ingrate.
Prêtre, pense à Jésus ; juge, pense à Socrate.
L’homme rend la justice ainsi qu’il joue aux dés.
Quand, tour à tour, et l’un après l’autre, accoudés
Au même livre, on a tourné les mêmes pages,
On meurt. Qu’est-ce que c’est que vos aréopages,
Conciles et sénats, conclaves et divans ?

Le poète apparaît au milieu des vivants,
Et, lapidé, s’en va de la terre fatale,
Laissant derrière lui, comme une trace pâle,
L’éternelle beauté du vers mystérieux.
L’homme qui l’insulta le met au rang des dieux.
Et puis ? Un autre esprit vient. L’homme recommence.

Tout est aveuglement quand tout n’est pas démence ;
Le ciel splendide est plein de la noirceur du sort ;
On entre dans la vie en criant ; on en sort
Ruisselant, nu, glacé, comme d’une tourmente.
Hélas ! l’enfant sanglote et l’homme se lamente ;
Ignorer, c’est pleurer, et savoir, c’est gémir.

Je pense à tout cela quand je ne puis dormir,
La nuit, quand le vent semble une voix qui témoigne,
Quand on entend le pas de quelqu’un qui s’éloigne.

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« L’enfant, c’est un feu pur dont la chaleur caresse ; c’est de la gaîté sainte et du bonheur sacré. »

HUGO

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