poème

XII

Fuyez au mont inabordable

Fuyez au mont inabordable !
Fuyez dans le creux du vallon !
Une nation formidable
Vient du côté de l’aquilon.
Ils auront de bons capitaines,
Ils auront de bons matelots ;
Ils viendront à travers les plaines,
Ils viendront à travers les flots.
Ils auront des artilleries,
Des chariots, des pavillons ;
Leurs immenses cavaleries
Seront comme des tourbillons.
Comme crie une aigle échappée,
Ils crieront : Nous venons enfin !
Meurent les hommes par l’épée !
Meurent les femmes par la faim !
On les distinguera dans l’ombre
Jetant la lueur et l’éclair.
Ils feront en marche un bruit sombre
Comme les vagues de la mer.
Ils sembleront avoir des ailes,
Ils voleront dans le ciel noir
Plus nombreux que les étincelles
D’un chaume qui brûle le soir.
Ils viendront, le cœur plein de haines
Avec des glaives dans les mains… —
Oh ! ne sortez pas dans les plaines !
Oh ! n’allez pas dans les chemins !
Car dans nos campagnes antiques
On n’entend plus que les clairons,
Et l’on n’y voit plus que les piques,
Que les piques des escadrons !
Oh ! que de chars ! que de fumée !
Ils viendront, hurlant et riant,
Ils seront une grande armée,
Ils seront un peuple effrayant,
Mais que Dieu, sous qui le ciel tremble,
Montre sa face dans ce bruit,
Ils disparaîtront tous ensemble
Comme une vision de nuit !

5 août 1846

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« L’enfant, c’est un feu pur dont la chaleur caresse ; c’est de la gaîté sainte et du bonheur sacré. »

HUGO

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