poème

XXXVII

J’ai vu, pendant trois jours de haine

J’ai vu pendant trois jours de haine et de remords
L’eau refléter des feux et charrier des morts
Dans une grande et noble ville.
Le tisserand, par l’ombre et la faim énervé,
De son dernier métier brûlé sur le pavé
Attisait la guerre civile.
Le soldat fratricide égorgeait l’ouvrier ;
L’ouvrier sacrilège, aveugle meurtrier,
Massacrait le soldat son frère ;
Peuple, armée, oubliaient qu’ils sont du même sang ;
Et les sages pensifs disaient en frémissant :
Ô siècle ! ô patrie ! ô misère !
Durant trois nuits la ville, hélas ! ne dormit plus.
Tous luttaient. Le tocsin fut le seul angelus
Qu’eurent ces sinistres aurores.
Les noirs canons, roulant à travers la cité,
Ébranlaient, au-dessus du fleuve ensanglanté,
L’arche sombre des ponts sonores !
Ah ! la nature et Dieu, devant l’humanité,
Même étalant leur grâce avec leur majesté,
N’empêchent pas ces tristes choses !
Car ces événements se passaient, ô destin,
Sur les bords où Lyon à l’horizon lointain
Voit resplendir les Alpes roses.

4 septembre 1841.

suggestion

Recueils
Populaires

NEWSLETTER

Recevez chaque jour de l’année un poème de Victor Hugo

citation

« L’enfant, c’est un feu pur dont la chaleur caresse ; c’est de la gaîté sainte et du bonheur sacré. »

HUGO

Poésie

Ces vers appartiennent au domaine public, mais cette édition est protégée.

Le clic droit est désactivé sur ce site.