poème

XV

Le bord de la mer

HARMODIUS

La nuit vient. Vénus brille.

L’ÉPÉE

Harmodius, c’est l’heure !

LA BORNE DU CHEMIN

Le tyran va passer.

HARMODIUS

J’ai froid, rentrons.

UN TOMBEAU

Demeure.

HARMODIUS

Qu’es-tu ?

LE TOMBEAU

Je suis la tombe. — Exécute, ou péris.

UN NAVIRE À L’HORIZON

Je suis la tombe aussi, j’emporte les proscrits.

L’ÉPÉE

Attendons le tyran.

HARMODIUS

J’ai froid. Quel vent !

LE VENT

Je passe.
Mon bruit est une voix. Je sème dans l’espace
Les cris des exilés, de misère expirants,
Qui sans pain, sans abri, sans amis, sans parents,
Meurent en regardant du côté de la Grèce.

VOIX DANS L’AIR

Némésis ! Némésis ! lève-toi, vengeresse !

L’ÉPÉE

C’est l’heure. Profitons de l’ombre qui descend.

LA TERRE

Je suis pleine de morts.

LA MER

Je suis rouge de sang.
Les fleuves m’ont porté des cadavres sans nombre.

LA TERRE

Les morts saignent pendant qu’on adore son ombre.
À chaque pas qu’il fait sous le clair firmament,
Je les sens s’agiter en moi confusément.

UN FORÇAT

Je suis forçat, voici la chaîne que je porte,
Hélas ! pour n’avoir pas chassé loin de ma porte
Un proscrit qui fuyait, noble et pur citoyen.

L’ÉPÉE

Ne frappe pas au cœur, tu ne trouverais rien.

LA LOI

J’étais la loi, je suis un spectre. Il m’a tuée.

LA JUSTICE

De moi, prêtresse, il fait une prostituée.

LES OISEAUX

Il a retiré l’air des cieux et nous fuyons.

LA LIBERTÉ

Je m’enfuis avec eux ; — ô terre sans rayons,
Grèce, adieu !

UN VOLEUR

Ce tyran, nous l’aimons. Car ce maître
Que respecte le juge et qu’admire le prêtre,
Qu’on accueille partout de cris encourageants,
Est plus pareil à nous qu’à vous, honnêtes gens.

LE SERMENT

Dieux puissants ! à jamais fermez toutes les bouches !
La confiance est morte au fond des cœurs farouches.
Homme, tu mens ! Soleil, tu mens ! Cieux, vous mentez !
Soufflez, vents de la nuit ! emportez, emportez
L’honneur et la vertu, cette sombre chimère !

LA PATRIE

Mon fils, je suis aux fers ! Mon fils, je suis ta mère !
Je tends les bras vers toi du fond de ma prison.

HARMODIUS

Quoi ! le frapper, la nuit, rentrant dans sa maison !
Quoi ! devant ce ciel noir, devant ces mers sans borne !
Le poignarder, devant ce gouffre obscur et morne,
En présence de l’ombre et de l’immensité !

LA CONSCIENCE

Tu peux tuer cet homme avec tranquillité.

Jersey, octobre 1852

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citation

L’enfant, c’est un feu pur dont la chaleur caresse ; c’est de la gaîté sainte et du bonheur sacré.